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Les mystères de Pittsburgh, Michael Chabon

Publié le par Jean-Yves

Le narrateur, Arthur Bechstein (on l'appelle Art), rencontre Arthur Lecomte (on l'appelle Arthur) : le premier est homosexuel, à la vie à la mort, l'autre aime les filles, mais…


« Tout d'un coup je l'aimai, sa fermeté pleine de grâce avec les autres, sa pudeur surprenante, les soirées exotiques qu'il fréquentait. Le désir de devenir son ami me fondit dessus avec soudaineté et certitude et, tandis que je délibérais et décidais de ne pas lui serrer la main encore une nouvelle fois, je pensai combien la soudaineté et la certitude avaient présidé à toutes mes amitiés d'enfance, jusqu'à cette longue et misérable période de la puberté durant laquelle j'avais craint de me lier d'amitié avec les garçons et apparemment avais été incapable de me lier avec les filles. » (p. 36)


Arthur Lecomte rencontre Phlox Lombardi, une fille, et Phlox aime Arthur : c'est la passion. Il est si doux pour Arthur d'aimer qui l'on peut aimer. Arthur connaît le plaisir avec Phlox. Mais la jeune fille – le plus attachant personnage de ce roman – a deviné Art et sait... Elle apprend à retenir Arthur, mais, par un beau jour d'été, il se jette dans les bras d'Art, et il connaît le plaisir…


« Les mystères de Pittsburgh » est un très beau roman, qui pose sur l'homosexualité un regard juste, actuel, sans concessions, sans cette volonté de faire « noir », de tirer côté sexe-scandale, sans vouloir à tout prix que les amours masculines soient condamnées à la tragédie.


Au-delà de la flamboyante histoire d'amour qui incendie le roman : Arthur est jeune, Art est jeune, ils sont beaux et ils s'étonnent de tant de joie... au-delà, c'est un roman sur la jeunesse, sur les derniers mois dans une université, et, même s'il pleut souvent, même si beaucoup de scènes ont pour décor la nuit, les chambres, les boîtes ou les plages à la première aurore, c'est du soleil qu'on se souvient, de courses folles dans les rues de Pittsburgh.


« Les mystères de Pittsburgh », c'est l'initiation surprenante et véritable d'un jeune homme d'aujourd'hui qui, avant de trop s'interroger sur l'objet de ses désirs, demande à la vie, exige de la vie qu'elle lui donne ce bonheur de lumière que l'adolescence appelle et que l'âge adulte meurtrit.


Dans ce roman, tout tremble de vie : personnages, paysages, murs des chambres, rues. Michael Chabon aborde la psychologie sans pesanteur. Quant à l'histoire, elle est tenue du début à la fin. Le mouvement hésitant d'Arthur entre Phlox et Art est d'une justesse d'analyse sans accidents. Aucun poncif, mais une vérité : c'est d'un grand amour que chacun rêve avant que de se demander si c'est l'homme ou la femme qui comblera cette quête.


Roman de l'amitié, roman des zones teintées d'enfance, roman du plaisir comme exaltation, « Les mystères de Pittsburgh » (un titre racoleur, c'est regrettable) est avant tout, un immense roman d'amour...


■ Éditions Robert Laffont, collection Pavillons poche, janvier 2009, ISBN : 9782221112229


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