Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

« Le doigt de Dieu est peut-être en ceci » par Guy Hocquenghem

Publié le par Jean-Yves Alt

Qui eût cru que Guy Hocquenghem, agitateur politique des années 70, connût si bien Savonarole, les querelles des franciscains et des dominicains, les arcanes du pouvoir papal dans la Rome du XVIe siècle et l'histoire des premiers missionnaires du Nouveau Monde ? C'est en effet dans ces aventures-là que frère Angelo entraîne le lecteur. Un roman picaresque et mystique où il est beaucoup question de foi et de pureté d'âme. Un roman d'historien qui n'exclut pas les éblouissements de l'esthète :

« Angelo ! Retourne immédiatement à ta place ! Ce cri spontané était parti des rangs des frères conventuels ; c'était un des lecteurs du Studium générale qui venait de reconnaître son élève dans le perturbateur, et l'apostrophait dans l'église à présent silencieuse, où le culte semblait suspendu.

Pour toute réponse, l'adolescent eut un sourire angélique et se tourna vers les fidèles. Puis, d'un seul geste, il arracha sa cape.

Toute l'assemblée eut un "Oh !" de stupeur. Sous sa cape, le jeune garçon était nu de la tête aux pieds.

Il s'était déshabillé sous ce vêtement protecteur, pendant le service divin, et avait profité des aller retour des oblations pour rester planté là, quand le rite avait repris. Il ajouta la cape au tas de vêtements qu'il portait sur ses bras et, les tendant comme une offrande, il se mit en marche vers le premier rang des fidèles, où son père, écrasé de honte et de terreur, se voilait la face d'une main tremblante.

Mon père, je vous rends ces vêtements qui vous appartiennent. Je ne connais plus qu'un Père, celui du Ciel.

Le visage jaune rougit sous l'outrage. Toute l'église était comme tétanisée. La gracieuse posture de l'adolescent, bien qu'il tremblât de froid, cette peau mate traversée aux bras du filet des veines, ce torse imberbe que la lumière des cierges colorait de rose, firent soupirer les mères et les filles de l'assistance. Chacun, pétrifié devant cette apparition de la grâce, était resté à sa place.

Retourne à ton rang, scandaleux enfant ! Malheur à celui par qui le scandale arrive Attends un peu le fouet !

C'était le maître général des conventuels qui prenait l'initiative. Aussitôt, le ministre des observants, par esprit de contradiction, murmura :

Le doigt de Dieu est peut-être en ceci. N'a-t-il pas dit : Je viendrai comme un voleur, et malheur à ceux qui n'auront pas veillé... ? »

Hocquenghem se voulait-il le digne continuateur de la parole du Christ ? Il est vrai qu'il n'y a pas plus révolutionnaire que les Évangiles !

in « Les voyages et aventures extraordinaires du frère Angelo », Guy Hocquenghem, Editions Albin Michel, 1988, ISBN : 2226034420


Du même auteur : L'amour en relief - Les petits garçons - L'âme atomique (avec René Schérer) - Comment nous appelez-vous déjà ? (avec Jean-Louis Bory) - La colère de l'Agneau - Le désir homosexuel - Race d'Ep - La dérive homosexuelle

Commenter cet article