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Homo Sportivus, Philippe Simonnot

Publié le par Jean-Yves Alt

Les corps glorieux des sportifs ont-ils un sexe ? s'interroge Philippe Simonnot dans son essai sur les rapports entre sport, capitalisme et religion.

« Ce sont bien des hommes et des femmes qui participent aux compétitions, mais leur sexe, voilé par l'interdit judéo-chrétien de la nudité, ne sert à rien. Les sportifs sont véritablement comme les anges. »

Philippe Simonnot pousse loin son analyse : critique, lucide, iconoclaste, il affirme que le déni du sexe, c'est le déni de la mort et que l'espace créé par le monde sportif associé aux médias est « la projection exacte de notre époque faussement érotique, d'où la mort a disparu ».

Plus loin encore, L'auteur considère que cette profonde négation ramène au nazisme dont le sport est imprégné, à l'échec d'une remise à jour de l'hellénisme et que « le sexe voilé et dénié des pseudo-corps glorieux renvoie au sexe dénudé et montré des martyrs de la barbarie ».

Ces lignes extraites du dernier chapitre «Corps glorieux» ne sont qu'une des perspectives de l'analyse subtile et audacieuse de Philippe Simonnot sur une religion du sport qui ordonne la vie sans lui donner les espérances des religions habituelles.

Simonnot étudie bien sûr les liens de soumission entre argent et sport, mais également dans un chapitre particulièrement aigu («Hellénisme contre judaïsme»), il en revient à celui par qui tout le « mâle » arrive : le baron Pierre de Coubertin qui crée le Comité international olympique en 1894 afin d'établir une nouvelle religion qui détournerait le peuple de préoccupations politiques par trop dangereuses.

Simonnot reconnaît que Coubertin entendait bien que les grands, les nantis, les manitous de l'économie et de la production dirigent ces joutes sportives par la domination du capital sur une matière première malléable : le corps du sportif. Derrière cette dictature (dont les grands sportifs sont aujourd'hui partie prenante, du moins financièrement) se profile un but politique, comme l'écrivait déjà Pierre de Coubertin : « Le salaire du vainqueur sera le drapeau montant de la nation, le symbole du patriotisme moderne, la prolongation de la messe au côté de la flamme olympique ravivée. »

Incisif, directement en prise sur l'actualité, Philippe Simonnot dénonce la grande manœuvre du capital sur l'enthousiasme populaire face au surpassement de soi.

Cet ouvrage est une approche intelligente de la condition sportive et surtout, une réflexion nécessaire et décapante sur un phénomène de société que la télévision amplifie.

À lire entre deux compétitions télévisées, pour la joie intellectuelle, quand le corps est fatigué d'être glorieux.

■ Éditions Gallimard /Au vif du sujet, 1988, ISBN : 2070714047


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