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Socrate : « Connais-toi, toi-même »

Publié le par Jean-Yves Alt

On assimile souvent Socrate à cette célèbre formule de Delphes qu’il a faite sienne.

Mais cette seule formule contient aussi une autre signification : se connaître soi-même signifie aussi savoir discerner ce qui est bien de ce qui est mal, et c’est en cela que Socrate s’oppose aux sophistes à qui on le compare souvent, puisque sa recherche a pour but exclusif le domaine moral.

Socrate passait le plus clair de son temps à discuter avec les gens à Athènes, dans la rue ou sur la place du marché. Son enseignement reposait tout entier sur l'idée que les concepts sur la nature humaine en général et l’être humain en particulier pouvaient être compris de façon purement objective : Socrate était donc à la recherche de la définition des grandes notions morales comme la justice, la piété, le bien , le courage, la tyrannie, la tempérance, l’amitié… Nous sommes tous en mesure de donner des exemples de cas d'actes ou de gestes justes et injustes, courageux, amicaux ou amoureux.
 

Mais ce ne sont pas des exemples illustrant ces actes, qui intéressaient Socrate. Il était à la recherche de définitions quant à la nature propre de chacune des vertus. Cette recherche de définition des concepts est au cœur même de sa façon de faire de la philosophie.

Il pensait que tout vice provient de l'ignorance et que nul n'est délibérément mauvais. En conséquence, la vertu était la connaissance , et de la connaissance du bien découlait la bonne conduite. D’où son travail d’argumentation rationnelle et la recherche de définitions générales, comme l'attestent les dialogues (lire le «Ménon») de son jeune contemporain et élève, Platon.

À la lecture de l'un ou l'autre de ces «dialogues socratiques», on en sort pour ainsi dire «plus intelligent» ou plus réflexif , qu'avant, plus «critique». Même s'ils paraissent ne pas aboutir, ces dialogues demeurent des modèles de réflexion critique. C'est d'ailleurs ce qui explique qu'on lit les textes de Platon depuis plus de deux mille ans. Ce sont des chefs-d’œuvre d'écriture littéraire et philosophique.

Pour Socrate, la vérité n'était pas empirique mais entièrement «réflexive», une exigence de conformité de la pensée avec elle-même et l'existence. C'est ce qui explique d'ailleurs qu'il prétendait n'avoir rien à enseigner aux autres, mais seulement à tenter de leur faire entrevoir, par la parole dialectique, à quel point ils croyaient savoir ce que, en réalité, ils ignoraient. Si la vérité ne se trouve que dans le langage, elle renvoie forcément à une idéalité, laquelle ne peut être qu'une et absolue : c'est la logique, ainsi, qui fonde l'aventure spéculative de Socrate, l'existence de l'âme et son immortalité.

Socrate était un pessimiste qui savait que le désir est, par définition, toujours malheureux et du fait de son ambivalence, ne peut échapper à la déception.

Il savait aussi que le principe majoritaire ne menait pas inéluctablement, et loin de là même, à la vérité, ce qui fait qu'un philosophe ne pouvait décemment pas, à ses yeux, participer au monde, et surtout politique.

Puisque la vie est un non-sens et que nous ne savons pas ce que nous réserve la mort, faisons l'hypothèse de la vérité. Que cette dernière s'avère - et qui pourrait nous en assurer ? - vraie ou fausse, la vérité est la seule à pouvoir nous aider à accepter, malgré tout, l'existence. Socrate relèverait ainsi, d'une «logique de l'espérance».

À LIRE :

Bref traité du désenchantement, Pierre Grimaldi, réédité en Livre de poche Biblio Essais, 2004, ISBN : 2253130702

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