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Avec la philosophe Simone Weil : témoigner de ce qu'on est et de ce qu'on vit. Et pas de ce qu'on proclame.

Publié le par Jean-Yves

Il est aujourd’hui de plus en plus question de valeurs morale, et pas seulement en Amérique ! Notons ce paradoxe : nous sommes attentifs à la morale, mais exaspérés par les moralisateurs. Toujours. D'où qu'ils viennent. Le moralisateur, par définition, c'est celui qui se drape dans le «bien» (le sien) pour dénoncer le «mal» (chez l'autre).


En Europe, nous sommes aussi constamment assiégés par des professeurs de vertu au verbe haut, de l'extrême gauche à l'extrême droite, chez les croyants comme chez les athées, avec une propension claironnante au manichéisme : "branchés contre ringards", "modernes contre archaïques", "puritains contre libertins", etc.


Dans « La Pesanteur et la Grâce », la philosophe Simone Weil (1909 – 1943) parlait à ce propos de « l'égarement des contraires». «Le bien comme contraire du mal lui est équivalent en un sens, comme tous les contraires. » Dès lors qu'elle prétend s'ériger en absolu, la référence - moralisatrice - au mal n'est rien d'autre que l'image inversée de celui-ci. « Pourquoi la volonté de combattre un préjugé est-elle le signe certain qu'on en est imprégné ? Elle procède nécessairement d'une obsession. Elle constitue un effort tout à fait stérile pour s'en débarrasser. La lumière de l'attention en pareille affaire est seule efficace, et elle n'est pas compatible avec une intention polémique. » (page 62, édition de 1948)




On ne saurait mieux définir la vanité et même la sottise - qui imprègne le manichéisme contemporain.


En réalité, la résistance au mal, la préoccupation morale, l'affirmation éthique : tout cela exige une modestie fondamentale.


Je n'ai aucune raison de « jouer les malins » quand il s'agit du mal, parce que ce dernier m'habite moi aussi. La seule leçon qui vaille est celle qui consiste à témoigner de ce qu'on est et de ce qu'on vit. Et sûrement pas de ce qu'on proclame.





- La Pesanteur et la Grâce, Simone Weil, préface de Gustave Thibon, Paris, Plon, 1948 (existe aussi en poche : Éditeur : Pocket, Collection Agora, 1993, ISBN : 2266045962)


Lire aussi sur ce blog : Simone Weil et son autobiographie spirituelle : une vitalité du désir de penser


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