Vendredi 15 avril 2005

Guillaume (24 ans) cherche à s'émanciper de l'amour de deux femmes : sa mère, récemment décédée d’un cancer du sein à l’âge de 47 ans, et sa grand-mère paternelle, Régine, 84 ans, qui l’a élevé. Mais les cendres de la belle-fille reposent dans une urne placée sur le balcon de la grand-mère, qui a pris l’habitude de lui parler tous les jours. Aujourd’hui, tous se sont habitués à l’urne. Personne n’est capable de s’en séparer. L’arrivée de Maxime, un jeune homme de ménage, les pousseront à entreprendre le chemin du deuil, jusque-là évité…


MON COMMENTAIRE : Etude drôle et touchante sur une relation plutôt conflictuelle entre le vrai petit-fils, sa grand-mère et les différents personnages composés uniquement d’hommes, petits-fils fictifs, mais essentiels à la dynamique de l’auteur.

Ilan Duran Cohen fait preuve d’une grande sensibilité. On est ainsi sidérés, amusés, conquis par les rapports si proches et intimes entre Régine et Guillaume, joués par des amateurs, par cette complicité qui pousse la vieille dame à tenter de retenir l’ex-amant de son rejeton, ou à pousser dans ses bras son gentil homme de ménage gay… Un film libre, tendre et au charme fou.

À 24 ans, Guillaume ne parvient pas à faire le deuil de sa mère, qui l'a abandonné à deux ans, et reste dans les jupes de sa grand-mère. Paradoxalement, le personnage principal est presque antipathique et trop mystérieux pour être vraiment attachant. Ilan Duran Cohen aborde le thème du deuil avec réalisme et s'applique à reproduire la vie quotidienne, grâce à des dialogues simples et un film en DV, invitant le spectateur au cœur de l'histoire.

Le personnage de la grand-mère, jouée par Reine Ferrato est le plus jouissif d’entre tous : placide et inébranlable, elle ne s’arrête jamais de cuisiner, ranger, faire le ménage, et surtout parler. Elle parle à son petits-fils (qui l’envoie balader), au copain de son petit-fils, à l’étudiant qui lui fait son ménage, à l’urne où se trouvent les cendres de sa belle-fille… Dans son grand âge, au milieu de tous ces " petits-fils " réel ou symboliques, elle nous rappelle, malgré les conflits, les drames, les engueulades, qu’on ne vit que par et pour les autres. Le son, l’image sont parfois imparfaits, comme le sont tous ces personnages aux blessures à vif, mais au charme irrésistible. On croirait presque regarder un film de famille : d’une famille que l’on aimerait soi-même rejoindre, tant elle est drôle et attachante…

par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

Texte Libre



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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

 


 

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