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Gide : le contemporain capital, Eric Deschodt

Publié le par Jean-Yves Alt

Gide (1869-1951) fut plus qu'effleuré par la tentation antisémite, aux abords de la guerre de 14/18 : pour rappeler cela, la biographie d'Eric Deschodt est nécessaire.

Gide commence à écrire très jeune et s'entête malgré les échecs successifs de ses livres que seuls quelques proches lisent. Jusqu'à plus de cinquante ans, ses livres ne se vendirent pas. Les fameuses « Nourritures terrestres » n'eurent l'impact que l'on sait que des années après leur parution. Valéry lui-même, l'ami admiré, considérait que Gide perdait son temps. Et le redoutable « Corydon » passa d'abord inaperçu (à cause d'un tirage limité notamment).

La biographie de Deschodt a le mérite d'éclairer le Gide pédophile qu'exalte la découverte du plaisir (il s'en serait tenu aux seules conclusions masturbatoires réciproques), le Gide qui vécut – comme ceux de son époque (et de son milieu) – une sexualité plutôt heureuse.

Il est dit aussi que sa femme qui resta vierge, sa fameuse cousine Madeleine dont on a voulu faire une sainte, savait exactement à quoi s'en tenir quant aux frénésies sexuelles de son mari et qu'elle n'en prit ombrage, violemment, jusqu'à détruire des lettres capitales, que lorsque Gide tomba amoureux fou de Marc Allégret.

Cette biographie décrit avec intelligence et passion le Gide de la NRF, l'importance de son rôle de détecteur de talents, l'admirable lecteur qu'il fut. Le livre souligne son égocentrisme, son individualisme, la manière forcenée dont il s'aima et construisit sa réussite et son bonheur, finissant par obtenir le Prix Nobel, lui, le pédéraste notoire qui brusquement, après la guerre, obtint un succès retentissant.

Et de montrer que ses contemporains avaient compris d'emblée que « L'Immoraliste » était le roman du pédophile, un récit cruel, iconoclaste, foncièrement barbare, d'un homme assez fort pour être lui-même, qui fit de sa marginalité sa gloire, prouvant qu'à vivre sans remords et sans masque, on finit par gagner.

Le Gide de Deschodt non seulement captive mais recrée un homme hors mesures, admirable certes, mais complexe : « La midinette, le cynique, l'érudit et le bon Samaritain danseront toujours en lui un étonnant ballet. »

Et c'est un prélat italien, Mgr Ennio Francia qui, à sa mort, lui rend le plus bel hommage : « Nous avons appris par son exemple une recherche impitoyable de la vérité, sans subterfuges ni sous-entendus... »

■ Éditions Perrin, 1992, ISBN : 2262006415


Lire aussi : L’œuvre de Gide vue par Claude Michel Cluny - Le « Corydon » vu par François Porché (1927) - La pédérastie de Gide vue par Ramon Fernandez


D'André Gide : Amyntas - Le Prométhée mal enchaîné - Le retour de l'enfant prodigue - Isabelle - Corydon - Saül (Théâtre)

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