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Dieu, une valeur sûre ?

Publié le par Jean-Yves

Comment expliquer la permanence du fait religieux à travers les siècles, alors que les utopies laïques se sont effondrées les unes après les autres ?


Après un siècle de désintérêt progressif, les sociétés occidentales se sont laissées gagner par un reflux des croyances et ont laissé renaître leur fascination pour le phénomène de la transcendance.


Régis Debray dans «Le Feu sacré» [1], analyse les raisons que l'homme a de croire en des divinités.


On a déjà beaucoup glosé sur l'affirmation de Malraux selon laquelle le XXIème siècle serait celui d'un retour en force du religieux. Prophétique, le mot pouvait aussi paraître dérisoire, s'il n'avait eu son poids de certitudes et n'avait entraîné dans les têtes une tranquille assurance. Dieu serait à nouveau là. Il aurait la force de l'évidence. Simplement, on admettait par avance qu'il aurait changé de nature et aurait pris les couleurs de l'époque. Est-ce à dire qu'il aurait opéré son aggiornamento ? Serait-il devenu plus humain ? Ou, au contraire, aurait-il gagné en divinité ? Cela reste à déterminer.


En revanche, ce qui est sûr, c'est qu'il a effectué un come-back glorieux et devient à chaque instant plus présent sur la scène de l'actualité. Chacun de nous en est aujourd'hui le témoin. Que l'on y soit ou non sensible, force est de le constater : depuis quelque temps, il y a du divin partout. Que ce soit dans les sectes ou les religions déjà constituées, Dieu est de retour parmi nous, plus chaleureux, plus présent, plus actif. Certes, il n'y a plus, comme dans le passé, le même engouement pour les messes, comme il n'y a plus de fascination pour les traditionnels rituels religieux. En revanche, dans la solitude des consciences, on retrouve d'identiques spéculations qui, peu ou prou, ramènent aux croyances initiales et ajustent leurs formes aux goûts du jour.


Régis Debray ne s'y est pas trompé. On connaît l'homme et ses prises de position. Avant de venir à la médiologie, il avait soutenu Che Guevara et Fidel Castro, allant dans sa jeunesse jusqu'à fréquenter les maquis boliviens. Dans son livre, il revient donc sur la question : derrière la divinité, il découvre la foi des hommes. Le religieux est un fait. Il coule de l'humain comme l'eau de sa source. Il structure les rapports au monde, organise le relationnel et gère le collectif. Sur chaque continent, on pourrait presque dire en chaque être humain, il s'est imposé comme une constante et a initié sa diversité.


Régis Debray conclut que le «mentir-vrai» des croyances humaines lui a donné la force de «remonter du mobile au moteur» et de «comprendre un peu mieux comment s'élabore le poème du monde».


Le résultat est assez fascinant. Apparemment, il en déduit une universalité des croyances. Quels que soient le continent et la communauté humaine considérés, chaque fois on note une adhésion à une ou plusieurs puissances mystérieuses, toujours transcendantes et toujours dominantes. Qu'elles soient, dans notre cas à nous, les facteurs d'un athéisme militant virant à l'esthétique, qui supplante les convictions anciennes et les remplace au coup par coup par des moments équivalents [le musée supplante le sanctuaire, la manif de rue transforme la procession urbaine], ou qu'ailleurs elles deviennent des mouvements plus notables, qui transpirent ouvertement le religieux. Dans tous les cas, il y a une permanence qui ouvre sur Dieu et donne à la religiosité, par-delà ses formes les plus rudes, son quota de forces et de fascinations.


D'où la question que se pose Régis Debray : faut-il ou non tenter d'unifier ce qui ne l'est pas, chercher à rendre stable ce qui, par définition, relève de l'instable ?

Pendant près de 400 pages, il s'évertue à nous montrer que non. Que de la diversité a surgi la permanence. Que les milliards d'êtres humains qui composent aujourd'hui la planète ont, chacun selon sa pente, suivi leurs dieux et adoré leurs saints.

En somme, qu'il ne faut pas désespérer du multiple. Et, surtout, ne pas rêver à l'unique.


[1] Le Feu sacré : fonctions du religieux, Fayard, 2003, ISBN : 2213616094

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