Vendredi 20 mai 2005

À Paris, Thomas est atteint d'une maladie incurable qui détruit ses plaquettes sanguines. Celle-ci astreint le patient à un régime sévère. Un soir, il passe affolé chez son frère Luc, qu'il a perdu de vue, pour lui confier la gravité des symptômes. Poussés à bout par la progression de la maladie, les deux hommes vont enfin se livrer à eux-mêmes. Pour la première fois, Thomas semble éprouver de l'intérêt pour la vie privée de Luc, homosexuel. Claire, la petite amie de Thomas, prend progressivement ses distances vis-à-vis de ce dernier. Les deux frères finissent par passer l'essentiel de leur temps ensemble et se remémorent des souvenirs de leur enfance, alors que la maladie ronge.


MON COMMENTAIRE : un film plus apaisant que ce qui a été dit.

Dense, bouleversant, mais aussi apaisant ce sont les mots qui me viennent à propos de ce film déjà diffusé sur ARTE. Cette chronique d'une mort annoncée, où deux frères tentent de se retrouver, creuse encore les thèmes chers à Patrice Chéreau : le corps, l'intime, et les liens...

Certains critiques ont qualifié ce film de difficilement soutenable ou tout au moins de dur. Pour ma part, je ne partage pas ce sentiment : je suis sorti de ce film calme et apaisé. Sans doute que la dureté vue par certains dans ce film est due au sujet (la maladie) et aussi parce que cette maladie occupe une grande place dans le film. Il y a pourtant une douceur, une sérénité que j’ai ressenti dans cette histoire : j’ai été touché par la relation entre les deux frères. Un «programme» est donné au début du film : Thomas demande tout simplement de l’aide à son frère Luc et ce dernier accepte. À la fin du film, ce programme est réalisé. Luc permet à son frère de continuer à vivre... même si Thomas disparaît en choisissant de mourir. Le film parle certes de maladie mais aussi de fraternité. Chacun s’est acquitté de son programme. Personne ne s’est dédit. Chaque personne est allée jusqu’au bout, de son propre gré, comme cela avait été décidé. Dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas, et c’est cela qui fait de ce film une histoire apaisée au sens où il y a une belle «transmission» entre les personnes.

Il y une scène particulièrement violente et émouvante dans la chambre d’hôpital quand le père demande pourquoi ce n’est pas Luc, qui est tombé malade. Dans cette scène, on voit toute la réalité d’une famille : le père a sans doute un peu raison, même si l’expression est maladroite car il sent que le frère cadet aurait été plus fort face à cette maladie. Cela n’a rien à voir, pour moi, avec le fait que Luc soit homosexuel. Il y a aussi les histoires du vieil homme (Maurice Garrel) sur le banc… comme l'appel d'une conscience. «Parler peu mais parler bien », dit-on. Une expression qui convient à «Son frère», dont le narrateur dans le roman de Philippe Besson affirme : «Je raconte la vérité pour la première fois, je suis dans le réel. J’ignorais que les mots pouvaient dire le réel.»



PATRICE CHEREAU : le réalisateur

Patrice Chéreau est très tôt animateur de troupes, d'abord à Sartrouville de 1966 à 1969, puis, de 1971 à 1977, au Théâtre National Populaire de Lyon-Villeurbanne, qu'il co-dirige avec Roger Planchon et Robert Gilbert, tout en travaillant beaucoup au même moment pour le Piccolo Teatro de Milan. À partir de 1982, et durant huit ans, il va laisser sa marque sur le Théâtre des Amandiers de Nanterre, dont il devient le directeur.

Son premier film, La Chair de l'orchidée, adapte librement un roman de James Hadley Chase et offre de beaux rôles à Charlotte Rampling, Edwige Feuillere, Simone Signoret et Alida Valli, tout en recréant un univers fantasmagorique où règnent la folie et la mort. Suivent Judith Therpauve, avec Simone Signoret, puis L' Homme blessé, qui révèle Jean-Hugues Anglade.

La Reine Margot, super-production à la française, est présenté au Festival de Cannes 1994, où il remporte le Prix du jury et le Prix d'interprétation féminine pour Virna Lisi. Quatre ans plus tard, Chéreau retourne à Cannes avec Ceux qui m'aiment prendront le train, tragi-comédie autour d'un enterrement à Limoges.

En 2001, il surprend avec Intimité. Cette adaptation du roman de Hanif Kureishi choque par ses scènes de sexe non simulées entre les deux interprètes principaux, Kerry Fox et Mark Rylance. Le film décroche l'Ours d'Or au Festival de Berlin, alors que Kerry Fox se voit décerner le prix d'interprétation.

par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

Texte Libre



Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

 


 

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