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Pink Narcissus, un film de James Bidgood (1971)

Publié le par Jean-Yves

Un film américain datant de 1971 devenu culte, ultra-kitsch, qui présente les archétypes du désir homosexuel, le cuir, les matadors, l'Antiquité etc.



Les phantasmes érotiques d'un beau jeune homme qui devient tour à tour toréador, esclave romain ou participe à la débauche des nuits orientales.


Suivant les époques, la production cinématographique underground a dû, pour montrer la sexualité, flirter, de manière plus ou moins affirmée, avec le talent artistique. Cette sorte de passage obligé, du fait de la censure et du regard social sur l'obscénité, a conduit nombre de productions à se cacher derrière des façades «acceptables». C'est dans ce contexte que James Bidgood a réalisé, entre 1963 et 1970, un des premiers films de l'underground gay :


Ce film présentant une orgie d'images aux couleurs saturées et hyper stylisées, met en scène Bobby Kendall, jeune modèle d'une beauté stupéfiante, que Bidgood a filmé dans les décors les plus kitch et les plus oniriques et ce, durant sept ans ! En effet, pendant ces années il partage sa vie avec Bobby dont il est le personnage central du film.


Quand, en 1971, Pink Narcissus sort enfin sur les écrans de New York, les lois sont devenues plus tolérantes et certaines productions font alors du nu. Ce qui n'empêche pas Pink Narcissus, de par son style subtilement décalé, de devenir un film culte. Il sera projeté, pendant trente ans, sans qu'on en connaisse l'auteur, dans les festivals homosexuels du monde entier.


Signé « anonymous » on l'attribua, tantôt à un producteur d'Hollywood qui aurait voulu cacher son homosexualité, tantôt à un poète ou à des auteurs tel Kenneth Anger.


Les travaux de Bidgood furent publiés, en 1999, par les Éditions Taschen [1]. Ils situent parfaitement la frontière entre l'art et l'érotisme homosexuel : les costumes et les décors ajustent les fantasmes les plus variés qui s'enchaînent dans une vision parfaitement jubilatoire. Bien plus que «kitch», les photographies de Bidgood, par l'excès des couleurs et des décors excentriques, stigmatisent la négation de l'authentique, le refus du réel : elles offrent la représentation surréaliste d'un monde peuplé de corps désirés et d'objets sublimés.


Le film de Bidgood est bien l'art du bonheur, celui de mettre en scène des rêves et des désirs, mais c'est sans doute aussi la trace indélébile d'une histoire d'amour personnelle dont James Bidgood garde le secret.



[1] À lire : James Bidgood, texte de Bruce Benderson, Éditions Taschen, 1999, ISBN : 3822874272


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