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Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel, Pierre Seel [et Jean Le Bitoux]

Publié le par Jean-Yves

La déportation des homosexuels est une tragédie ignorée en raison de l'indifférence de l'histoire officielle et du silence des rares survivants. Pierre Seel, l'un d'entre eux, s'est replié sur son secret pendant plus de quarante ans. Il livre dans ce livre, avec une dignité et une simplicité poignantes, le récit d'une existence ravagée par une souffrance enfouie sous l'opprobre et la honte.

 

Le destin de ce cadet d'une famille bourgeoise de Mulhouse, catholique et fervente, a basculé sur un incident qui aurait pu être anodin, sans l'arbitraire policier français. Lors d'une étreinte furtive d'un soir, dans un square de rencontres, un inconnu lui vola sa montre. Au commissariat où il déclara le lieu et l'heure du larcin, il fut aussitôt inscrit sur le fichier des homosexuels de la ville.

 

Trois ans plus tard, la Gestapo ainsi bien informée l'a arrêté, torturé, violé et envoyé au camp de Schirmeck.

 

L'ordinaire de la terreur. Pierre Seel a découvert là l'ordinaire de la terreur concentrationnaire, les sévices, les humiliations, l'âpreté des rapports entre déportés, aggravé par ce ruban bleu sur sa vareuse, stigmate du "délit sexuel" compris de tous et qui l'isolait. Il raconte son angoisse lorsque le haut-parleur hurlait son nom, car c'était parfois pour pratiquer sur lui des expériences pseudo-médicales. Et ce moment d'effroi insoutenable, quand au milieu du carré formé par les internés brutalement convoqués, il a vu périr le garçon qu'il aimait, Jo, âgé de dix-huit ans comme lui, livré nu aux chiens, la tête coincée dans un seau qui amplifiait ses cris.



Puis, ce fut l'enrôlement forcé, en tant qu'Alsacien, dans l'armée allemande, la traversée de l'Europe jusqu'au front russe, périple absurde et misérable d'un soldat improvisé, d'un anti-héros qui, un jour, en Yougoslavie, a tué un partisan dans un corps à corps, parce que c'était lui ou l'autre. De cette période ne lui restent que des bribes de souvenirs. Il s'évertuait à survivre en s'effaçant, "obsédé par le souci de ne jamais (se) faire remarquer". Depuis, les événements s'esquivent dans sa mémoire.

 

Au retour, la guerre était finie, mais l'espérance aussi. Pierre Seel a continué de s'effacer dans un mutisme blessé, dans la construction volontaire et désespérée d'un couple et d'une famille normalisés. Longue et pathétique peine perdue qui l'a mené au seuil de la folie. Cet homme égaré n'a pu se retrouver qu'en parlant, puis en écrivant ce livre, à soixante-dix ans. L'Etat a tardé à lui reconnaître le titre de déporté, la bureaucratie obstinée lui demandant de produire deux témoins, cinquante ans après. Le témoin, c'est lui, qui a eu l'héroïsme de rompre le silence.

 

■ Éditions Calmann-Lévy, 1994, ISBN : 2702122779

 


Lire aussi sur ce blog :

- Postface de l'édition allemande de « Moi, Pierre Seel, déporté homosexuel »

- Les oubliés de la mémoire de Jean Le Bitoux

- Histoire de l'homosexualité en Europe : Berlin, Londres, Paris, 1919 – 1939

- TÉLÉVISION/HISTOIRE : Un amour à taire un téléfilm de Christian Faure

- CINÉMA « Paragraphe 175 » : La déportation des homosexuels pendant la Seconde Guerre Mondiale

 

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