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Quoi de neuf ? la poursuite du bonheur - retour aux philosophies antiques

Publié le par Jean-Yves

Depuis quelques années, l'Antiquité grecque investit tous les domaines : expositions, films, livres, architecture... Ce retour à l'antique se traduit par la redécouverte des œuvres les plus marginales et les plus fondamentales de la philosophie préchrétienne.



Le stoïcisme, le scepticisme et le cynisme, mais aussi l'hédonisme des Cyrénaïques ou des Mégariques, ou encore les croyances en la réincarnation des pythagoriciens : voilà quelles sont les sagesses qui, aujourd'hui, reviennent à la mode.


Tel est, en effet, le dénominateur commun de ce que l'on pourrait appeler «l'esprit grec» : la poursuite du bonheur. C'est aussi l'une des raisons qui explique l'engouement de nos contemporains pour ces pensées souvent fulgurantes, qui ne se laissent jamais enfermer dans un système, se picorent jour après jour et composent une petite philosophie de poche que chacun emportera avec lui.


Vous noterez que ce retour de la philosophie grecque exclut presque toujours les deux grandes œuvres fondatrices, celles de Platon et d'Aristote. Car si l'un et l'autre furent des génies, leur philosophie fut suffisamment dévoyée pour être, aujourd'hui, plus problématique que salvatrice.


Explications : L'idéal ascétique, voilà ce qui ressort du platonisme et de l'aristotélisme. Un idéal qui se traduit par une haine de la chair et une dévalorisation du désir (pour Platon), une haine de soi et une dévalorisation des plaisirs (pour Aristote), ainsi que par le primat affirmé du politique sur l'individu (pour tous les deux). Et c'est contre ces deux philosophies que se sont constituées, précisément, les sagesses anciennes à Athènes et sur les rives de la Méditerranée cinq siècles avant notre ère. Épicure, comme Diogène mais aussi Pyrrhon n'ont bâti leurs thèses que pour contrer l'idéal ascétique de l'Académie et du Lycée. Ce «retour de la philosophie antique» obéit à un mouvement permanent de yoyo qui pourrait bien, si l'on tient absolument à improviser une petite philosophie de l'Histoire, se nommer dialectique et comporter ses trois moments :


1er moment : la fondation. Créées en réaction aux philosophies de Platon et d'Aristote qui décrédibilisent le désir et le bonheur, ces sagesses (épicurisme, hédonisme, scepticisme, stoïcisme, cynisme...) réaffirment que le but de l'homme est d'être heureux. Elles supplantèrent, puis balayèrent les idées des Anciens, avant d'être à leur tour étouffées... par la philosophie médiévale qui constitue le …


2ème moment : Lorsque cette dernière se mit au service de l'Église, ce fut pour exhumer Platon et Aristote des archives, fondant les principes de la chrétienté sur ces deux systèmes suffisamment dogmatiques pour encadrer l'idéologie naissante. Plus question d'entendre parler de souci de soi, de quête du bonheur, de suppression de la souffrance, de négation des dieux, de refus de craindre la mort... Désormais, Dieu était cause suprême de nos maux et de nos joies ; pour le reste, la politique suffisait à nous rendre heureux. Les sagesses antiques furent considérées comme subversives, les traités déchirés, les philosophes pourchassés.


3ème moment : c’est le nôtre : depuis le début du XXème siècle (depuis Nietzsche, Darwin et Freud, qui marquent l’introduction du soupçon dans le bel édifice chrétien), et depuis Mai 68 (qui apparaît comme le dernier moment déchristianisateur de notre histoire), nous évoluons dans un monde que la transcendance a déserté. Seuls comptent, aujourd'hui, le rendement, l'utilitarisme, l'argent, la reconnaissance sociale... «Circulez, y'a rien à CROIRE» est devenu la devise des temps modernes.


C'est en réaction à ce déni de chair et de bonheur qu'éclosent à nouveau les philosophies antiques. Comme elles surent percer voilà 500 ans. À l'époque, leur retour fut salué de belle manière : on l'appelle, aujourd'hui encore, la Renaissance. Et si les sagesses d'hier nous aidaient à faire éclore l'esprit de demain ?


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