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Mondrian, cheminement vers l'abstraction

Publié le par Jean-Yves

Avant que Mondrian (de son vrai nom Pieter Cornelis Mondriaan 1872-1944) ne choisisse d'«éliminer de sa peinture le tragique de tout ce qui a trait à la nature», comme il le dira lui-même, avant qu'il ne se révèle comme le pionnier de l'art abstrait, une bonne vingtaine d'années se seront écoulées, pendant lesquelles Mondrian a peint la nature. Au départ, rien, vraiment rien, ne le prédisposait à révolutionner la peinture. À voir ses premières oeuvres, le jeune homme austère qui porte alors une grande barbe de pope ne se distingue guère des autres artistes néerlandais de l'époque. Comme eux, Mondrian se montre vaguement nostalgique des grands paysagistes de l'âge d'or de la peinture hollandaise, les Van Goyen, Ruysdael, Hobbema, qu'il connaît certainement mieux que les dernières découvertes de l'impressionnisme.



Il est né en 1872 à Amersfoort, au nord-est d'Utrecht, dans une famille calviniste. À 17 ans, il obtient un diplôme de professeur de dessin et enseigne dans l'école protestante dont son père est directeur. Le dimanche, son oncle Frits l'emmène peindre dans la campagne, sur le motif. À 20 ans, il entre aux Beaux-Arts d'Amsterdam où il est vite remarqué pour son sérieux et son assiduité. Mais déjà son réalisme est marqué par une rigueur particulière : il élimine l'anecdote et accentue les rythmes horizontaux et verticaux. Il préfère peindre quand le temps est gris et sombre, ou même au clair de lune : dans la demi-pénombre, qui estompe les détails, il ne reste que l'essentiel, les grandes masses du paysage. À Amsterdam, il voit des oeuvres de Van Gogh : il est subjugué par le chromatisme exacerbé de ses toiles, devenues des compositions colorées autonomes. La couleur n'est plus une observation de la réalité, mais l'expression d'un état d'âme :


«La couleur n'est plus le vêtement de la forme, dira-t-il, elle est indépendante, elle vit par elle-même.»



En 1908, il peint l'Arbre Rouge (ci-dessus), avec ses rameaux en forme de chevelure ébouriffée. Dans les années suivantes, le même motif va se simplifier, se décanter, «s'abstractiser»...


Début 1912, Mondrian arrive à Paris où il découvre le cubisme de Braque et de Picasso, qu'il assimile à une allure record. La nouvelle série des Arbres qu'il peint alors les montre épurés en réseaux de lignes, transformés en délicats camaïeux gris et beiges : ci-dessous Pommier en fleur 1912.


«Je sentis, confia plus tard Mondrian, que seuls les cubistes avaient découvert le bon chemin, et pendant longtemps, je fus très influencé par eux.»


Mais il ajoute aussitôt :

«Petit à petit pourtant, je pris conscience que le cubisme n'assumait pas les conséquences logiques de ses propres découvertes.»


Alors le peintre prend ses distances, et fait le saut : dès 1919, la référence à la nature a définitivement disparu de ses toiles. Dans Composition A de 1920, des lignes horizontales et verticales qui se coupent à angle droit délimitent des surfaces aux trois couleurs primaires (rouge, bleu, jaune), auxquelles viendront s'ajouter les trois «non-couleurs», le blanc, le gris et le noir. Dès lors, Mondrian ne donnera plus de titres à ses tableaux : il va les intituler Composition et les numéroter. Et il met par écrit ses théories auxquelles il donne lui-même le nom de «néoplasticisme». Mondrian a la conviction d'avoir approché d'aussi près qu'il se peut la vérité de la peinture. L'un des parcours les plus passionnants de l'art moderne est achevé.


À voir : « Piet Mondrian : rétrospective » à VIENNE (Autriche) au Musée de l'Albertina du 1er avril au 29 juin 2005


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