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Manfred ou l'hésitation, Eric Holder

Publié le par Jean-Yves

Manfred Justmann est « au bout du rouleau ». À vingt-quatre ans, il vit encore dans une chambre misérable d'un hôtel du IXe arrondissement. Il tente, par l'écriture, de panser les plaies de quatre années d'amour fou, d'amour raté.

 

Tout a commencé à Aix-en-Provence où Manfred était allé suivre des cours aux Beaux-Arts. Il voulait devenir peintre. Solitaire et farouche, il ne se liait avec personne. Jusqu'au jour où il rencontre Clara et, avec elle, la promesse du bonheur.

 

Après son service militaire, Manfred retrouve la solitude, cette compagne encombrante qui ne se laisse pas facilement éconduire. Il porte toujours, sur son corps et dans son cœur, les stigmates de son amour pour Clara. La décrépitude l'engloutit, il ne désire plus qu'« aller assez bas au regard de l'image de soi-même pour ne plus s'aimer ». La descente aux enfers dure quelques mois avant qu'il ne décide de retrouver Clara. Et c'est par hasard qu'il l'aperçoit, un jour, chez Drouot, en compagnie d'un homme plus âgé qu'elle.

 

Il s'appelle Thomas Bolinger et Manfred le trouve tout de suite fascinant. Ils partent ensemble quelques jours sur une plage de la mer du Nord. Ils se parlent peu, ils sont bien. Manfred associe bientôt Clara et Thomas dans la même affection.

 

Dans le même amour ?

 


Mais l'atmosphère se détériore. Manfred repart seul et, par vengeance, cambriole et dévaste l'appartement des parents de Clara. Il fuit vers une île d'Irlande, primitive et difficile d'accès. Il devient l'amant d'une poétesse américaine de quinze ans son aînée. Mais le passé ne cesse de le tarauder.

 

Il pense plus alors à Thomas qu'à Clara, regrette de n'avoir pas poussé plus loin leur amitié naissante, alors que Thomas devient fou à Paris et se meurt. Clara le tient au courant de la situation, elle qui se détache peu à peu de Thomas à mesure que Manfred s'en préoccupe de plus en plus. Quand il rentrera précipitamment à Paris pour retrouver Thomas, il le trouvera mort, abandonné.



Ce roman d'Éric Holder n'explique pas les mystères des êtres humains qu'il met en scène. C'est au lecteur de disposer les pièces manquantes d'un puzzle dont la passion est le motif. Selon sa propre sensibilité, il pourra éclairer cette hésitation mentionnée dans le titre.

 

Pour ma part, j'y verrais volontiers une incertitude à choisir d'aimer, contre la raison et l'habitude, celui dont l'appel muet a pourtant touché le cœur. En cela, « Manfred ou l'hésitation » est une analyse de l'engrenage infernal de l'amour, de la tragédie qui résulte de l'incompréhension des autres, et d'abord de soi-même.

 

À chacun maintenant de lire ce roman très personnel dans lequel les blancs de l'histoire comptent autant que les faits rapportés dans un style tendu à l'extrême.

 

■ Éditions du Seuil, 1985, ISBN : 2020088886

 

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