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Qui est fâché avec la mort ?

Publié le par Jean-Yves

Cette œuvre, appelée « Les enfants de Dijon » me trouble. Parce qu'elle me place face à des visages en gros plan qui évoquent apparemment des enfants disparus, dont le nom ou le prénom me sont inconnus. Il y eut, au fil du XXe siècle, tant de tragédies, tant d'enfants sacrifiés par la bêtise, la violence, la perversité des adultes, que cette installation longue de plus de dix mètres me va droit au cœur.


La forme même de la composition me rappelle les imposants retables qui surmontaient les autels de mon enfance. Les petites lampes m’évoquent les cierges et les bougies. Faiblardes, elles forment comme une auréole autour de ces visages d'enfants et évoquent des pratiques religieuses diverses et contradictoires.



Tout cela paraît m’inviter à je ne sais quel rituel ou cérémonie. Et pourtant je ne suis ni dans une église, ni dans un lieu de culte, mais dans l'espace laïc d’un musée. Le rituel, la cérémonie, ici, en fait, n'existe pas. Je me retrouve seul avec mes questions et mes doutes. Pour me consoler, j’ai cherché dans les catalogues de la librairie du musée quelque chose : j’ai appris alors que ces visages correspondaient en réalité à des êtres humains encore vivants, puisqu'ils sont en fait des portraits d'élèves d’un collège de Dijon, des années 70.


Le trouble demeure. Le caractère dérisoire de cette installation, son aspect d'art populaire, de simplicité enfantine me montre la mort dans toute sa simplicité : elle est là. Comme si l’artiste m’invitait à ne pas être fâché avec elle. Ce que je ne suis d’ailleurs pas.



■ Les enfants de Dijon, Christian Boltanski, 1985, Musée de Grenoble - photographie de l’article : détail de l’œuvre



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