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Alexis ou le traité du vain combat, Marguerite Yourcenar (1929)

Publié le par Jean-Yves Alt

Un roman où l'homosexualité et le droit de la vivre librement sont le thème même de l'œuvre.

Publié en 1929, « Alexis » illustre cette formule de Marguerite Yourcenar selon laquelle « le monde des réalités sensuelles est barré de prohibitions dont les plus dangereuses sont peut-être celles du langage » (1).

Ce refus du mensonge et du silence, Alexis – jeune musicien qui lutte contre ses désirs homosexuels – l'exprime à Monique, sa femme, qu'il s'est résolu à quitter malgré l'affection qu'il lui porte, pour être enfin fidèle à lui-même.

Cette confession, sorte d'autobiographie épistolaire qui prend la forme d'une longue lettre écrite à sa femme, rend un ton vrai qui tient probablement pour une part à la sensibilité propre de l'auteure et pour une autre à ce langage qui tremble et hésite permettant un flottement psychologique : Alexis exprime sa vérité, tout en veillant à la délicatesse de l'expression.

Même si le désir homosexuel est vécu douloureusement, Marguerite Yourcenar a trouvé de belles pages à écrire sur l'isolement qu'implique un instinct différent des normes majoritaires :

« La première conséquence de penchants interdits est de nous murer en nous-mêmes : il faut se taire, ou n'en parler qu'à des complices. » (p. 59)

« Si j'avais osé me confesser aux miens, ce qu'ils m'eussent le moins pardonné, ç'aurait été, précisément, cette confession. J'aurais mis ces gens scrupuleux dans une situation difficile, que l'ignorance leur évitait ; j'aurais été surveillé, je n’aurais pas été aidé. » (p. 60)

Je ne saurais mieux exprimer l'importance de cette œuvre qu'en reprenant les appréciations de Jean-Denis Bredin :

« Ce petit livre – l'un des seuls que Marguerite Yourcenar ne réécrira jamais – prépare les autres, et déjà il parle d'elle. Il affirme la liberté sensuelle, seulement habilité de la pudeur des mots. Il décrit ces familles où l'on ne se parle qu'à voix basse, où l'on peut être heureux pourvu que l'on ne cesse pas d'être triste. Il dit l'importance des silences dans la vie. Il dit surtout qu'il faut savoir vivre ce que l'on est, faire ce que l'on veut, savoir partir, et laisser partir. » (2)

Le récit se termine sur les mots d'Alexis : « Je vous demande pardon le plus humblement possible, non pas de vous quitter, mais d'être resté si longtemps. »

■ Éditions Gallimard/Folio, 1996, ISBN : 2070370410


(1) Préface de Marguerite Yourcenar, p. 12

(2) Discours de Jean-Denis Bredin reçu à l'Académie Française, le jeudi 17 mai 1990, au fauteuil de Marguerite Yourcenar


Du même auteur : L'œuvre au noir

 

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