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Une femme nommée Castor, Françoise d'Eaubonne

Publié le par Jean-Yves Alt

Cette biographie s'ouvre comme une éphéméride d'où l'on détache d'un jour à l'autre les pages, moments éblouissants que sélectionne la mémoire de vingt-huit années d'amitié entre Françoise d'Eaubonne et Simone de Beauvoir.

Le récit quelque peu chaotique entrecroise bavardages et digressions, mais on sent au-delà des phrases et des souvenirs qui se télescopent, le désarroi d'une femme qui portera à jamais le deuil d'une rare amitié.

Côte à côte, Françoise d'Eaubonne et Simone de Beauvoir ont milité dans la mouvance du PCF, avec le MLF, lors des journées de juin 1968 et dans leurs écrits, pour défendre des idées et des valeurs qui aujourd'hui encore éveillent de violentes polémiques. « Une femme nommée Castor » est né de cette amitié et du souvenir de la croisade qu'elles menèrent, sur des chemins parallèles, pour que le deuxième sexe partage les droits du premier au plan politique et social aussi bien que littéraire.

La personnalité de Simone de Beauvoir multiplie les facettes : jeune fille rangée, étudiante bûcheuse, femme de lettres, militante infatigable, compagne de Sartre... Il aura certes fallu à Françoise d'Eaubonne toutes ces années d'amitié attentive pour tenter l'esquisse d'un portrait.

Une femme comme Simone de Beauvoir ne vivait pas isolée dans une tour d'ivoire, « le cours du monde est la texture de ma propre vie » avouait-elle. Son œuvre déroute l'analyse particulière car de multiples et souterraines ramifications la rattachent aux écrits d'autres auteures : Colette, Violette Leduc, Nathalie Sarraute, pour ne citer que quelques noms.

En publiant « Le Deuxième Sexe », Simone de Beauvoir a cristallisé autour d'elle un courant de révolte et de légitime protestation. La femme du XXe siècle refuse le rôle ingrat qui fut le sien durant des siècles au sein d'un univers machiste et patriarcal. L'œuvre individuelle en prenant l'envergure d'une revendication collective ne manqua pas d'attirer sur Beauvoir les foudres de la presse littéraire et elle eut l'étrange privilège d'écrire des livres qui seront pratiquement toujours massacrés par la critique, et qui obtiendront un succès de vente immédiat. Au reste « Une femme nommée Castor » a souvent fonction d'exutoire, Françoise d'Eaubonne règle les comptes laissés en suspens par la mort de son amie et c'est avec une ironie glaciale qu'elle démontre l'absurde parti pris des détracteurs. La pointe acérée de sa plume agressive ne manque jamais une cible que cette dernière se nomme Pierre de Boisdeffre, François Mauriac...

Le livre se clôt avec les dernières années de Simone de Beauvoir. Pourtant, même après sa disparition le Castor scandalisa encore, elle avait composé la préface du roman d'un jeune acteur américain homosexuel atteint d'une maladie alors peu connue, le sida. Mihloud est l'autopsie d'une passion amoureuse, celle d'Alan, Américain installé à Paris, pour un bel émigré inculte et miséreux.

« Qu'Alan appartînt à la race réprouvée des cités de la plaine, comme Genet, ne pouvait que le rendre plus proche de celle qui, comme Sartre, récusait tous les déterminants sociaux, moraux, érotiques, considérés comme autant de limitations à la liberté du choix. »

■ Éditions L'Harmattan, 2008, ISBN : 978-2296049796


Du même auteur : A la limite des ténèbres - L'Amazone sombre : vie d'Antoinette Lix - Louise Michel, la Canaque

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