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Une folle à sa fenêtre, chroniques de L'Autre Journal 1990-1991 de Michel Cressole

Publié le par Jean-Yves Alt

ou vive les folles !

Notre époque intègre graduellement l'homosexuel qui sait se tenir à sa place. La « folle », pédé exubérant et incontrôlable, se refuse aux codes et continue d'alerter l'hétéro, aux aguets dans la marge mouvante de toutes les marges, mettant mal à l'aise l'homosexuel qui croit y voir sa caricature.

C'est ce que résume Patrick Cardon dans la préface :

« La folle est à l'homo basique (le pédé) ce que l'homosexuel est pour l'hétéro de même qualité... La folle est donc un piège, une tromperie, le miroir que se renvoient homos et hétéros. »

Patrick Cardon profite d'ailleurs de ce texte préliminaire pour juger les homosexuels actuels qui mènent une stratégie de reconnaissance sociale et politique. Pour lui les gais sont dorénavant en dessous de tout et la folle est l'avenir de l'homme.

Quant aux chroniques acérées, intelligentes et iconoclastes, de Michel Cressole, c'est un régal même si - comme Patrick Cardon - il règle ses comptes avec la nostalgie. Mais le talent de l'écriture, l'insolence du regard sont denrées trop rares aujourd'hui pour ne pas se livrer sans restriction à la jouissance de tant de subtile subversion.

Michel Cressole écrit tambour battant. Il pique là où tout démange. Attitudes vis-à-vis du sida, xénophobie, tabou de la pédophilie, justice partiale, rien n'est épargné. Il est magnifique quand il « regarde » les hétéros, les tendres machos, les mecs fascinés par cette histoire de sexe qui se passerait entre hommes, la grande tentation qu'évoque le mot « enculé ».

Cressole défend les folles. Mais lui aussi oublie que la plupart des gays (comme les hétéros !) ne peuvent pas s'offrir le luxe de la transgression. Le « pédé basique » trouve une certaine paix à ressembler aux autres.

« Le personnage du gay n'a rien à gagner à se rendre présentable, à force d'invisibilité », affirme Michel Cressole. Le débat est ouvert.

■ Une folle à sa fenêtre, chroniques de L'Autre Journal 1990-1991 de Michel Cressole, Editions GayKitschCamp, 1992, ISBN : 2908050145 / nouvelle édition 2018 avec le témoignage de Hélène Hazera, 80 pages, ISBN : 9782490454006, 12€ (à commander sur le lien)

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R
Sauf que la folle a un profile pathologique. Elle est "pathologicisée" par son milieu homophobe.
Heureusement de nos jours il y a des gays libérés, c'est à dire qu'il se sont libérés de leur environnement pathogène. Le meilleur exemple est ceux qui sont en couple, et qui par la même s'extraient de leur environnement toxique qui les obligerait à se déformer, à se chercher un genre, ou à intégrer malgré eux la psychose d'homophobie.
La folle est un être en souffrance parce qu'elle est privée d'humanité: droit d'aimer librement, de partager son bonheur, la tendresse, les caresses, l'espoir.....
Le gays libéré n'a pas de stigmates qui trahissent des emprunts. C'est pour cela qu'il devient invisible parmi les autres..
Visiblement l'auteur n'est pas un gays libéré. C'est un gays du ghetto. Il confond émancipation sexuelle et libération (qui est de se libérer de ce qui assujetti c'est à dire de l'homophobie)
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J
Pas du tout d'accord avec votre analyse. Je ne vois pas en quoi la "folle" serait privée d'humanité... Quant aux stigmates qui trahissent des emprunts, chaque être humain a en lui (à son corps défendant parfois mais pas toujours, avec conscience ou non) SES emprunts.