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Lettres d'une vie, François Mauriac

Publié le par Jean-Yves

Les « Lettres d'une vie », publiées par Caroline Mauriac, montrent à quel point François Mauriac – avec sa culpabilité sur le sexe – ne pouvait offrir au public que la littérature qui dans les années 50 faisait les délices de la France profonde en proie aux remords et au drame des familles bourgeoises.



Tout le mérite de ces lettres – à quelques intimes célèbres comme Proust, Gide ou d'autres – est de montrer tout ce que la France catholique du XXe a pu produire comme énormités dans la littérature.

 

Dans une lettre à son frère, François Mauriac écrit par exemple :

 

« Heureusement que je suis catholique et convaincu. Cela vous empêche de sombrer dans l'excentricité. »

 

Ces lettres, qui étaient restées pour la plupart inédites, dessinent un portrait de François Mauriac assez fidèle à ce que l'on pouvait deviner.

 

Dans les nombreuses lettres à Gide ; on y apprend que Mauriac lit sur un banc des Tuileries (innocemment ?) un matin de juin 1924, le « Corydon » de Gide. Il ne comprend pas qu'un « homme aussi bon » que Gide puisse écrire un tel livre :

 

« … et puis j'entends mal votre distinction entre homosexuels et invertis... Quand je songe à tous ceux que je connais, je ne vois que des malheureux, des diminués, des êtres déchus, dans la mesure où ils ne luttent pas... Ce qui importe ce n'est pas ce que nous désirons – mais le renoncement à ce que nous désirons... »

 

François Mauriac n'ignorait pas ses désirs homosexuels et une partie de son admiration pour Gide s'explique par le fait que Gide vivait ses désirs et en parlait. Dans une lettre de 1922, il écrivait à Gide :

 

« Vous fûtes toujours pour moi ce feu du ciel entre le royaume de Dieu et les nourritures terrestres. Ce feu m'a souvent éclairé jusque dans mes abîmes. Il ne m'a pas perdu. »

 

À Gide encore : « L'homosexualité est hors la foi. »

 

Dans une lettre à Jacques Rivière écrite en 1923, frustré, il parle de Gide en ne mâchant pas ses mots :

 

« Je crois que sa faiblesse est moins manque d'amour pour les femmes que manque de curiosité car, étant femme lui-même, il pourrait mieux les connaître qu'un homme normal. L'impuissance créatrice des homosexuels doit donc avoir une source plus profonde et quasi physiologique. Car par transposition ils peuvent contrôler en eux-mêmes les réactions des deux sexes. Mais ils sont justement incapables de se fixer sur l'objet de leur mépris ou de leur dégoût. »



À Gide, il parle aussi de Proust, chez qui il dénote : « une étrange influence de la bête étudiée sur l'homme qui étudie... »



À Proust, il ne peut s'empêcher de se confesser et de livrer le secret de sa triste existence :

 

« Vous ignorez ce que c'est quand on n'est pas comme les autres [d'avoir] la vie de tout le monde. L'étrangeté de mes livres vient sans doute de ce que je m'y épanche – ne pouvant me délivrer que là – mais avec prudence et circonspection parce que je suis inséré dans une famille et que j'ai choisi de n'être pas libre. »

 

Un véritable petit guide du placard.

 

■ Éditions Grasset, 1981, ISBN : 2246242312

 

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