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Havelock Ellis ou l'émerveillement de la diversité (1898)

Publié le par Jean-Yves

Henry Havelock Ellis est issu d'une famille de la petite bourgeoisie londonienne.

 

Sa vocation vient-elle du fait que, alors que sa mère à la suite d'une maladie devait uriner debout dans la rue, elle lui demandait de faire le guet ?

 

Toujours est-il qu'on lui doit une magistrale description de l'« ondinisme », acte qui consiste à regarder les femmes uriner.

 

Sa première œuvre de sexologue concerne les pollutions nocturnes. Pendant douze ans il compte les siennes, nuit après nuit – au même moment où Freud à Vienne décrivait ses rêves.

 

Ellis et l'homosexualité

 

Il donne une description biologique de l'« inversion » qu'il considère comme une donnée naturelle et congénitale (une « variation » ou un « jeu » de la nature). Il s'oppose à l'idée de « dégénérescence » tenue par son confrère Krafft-Ebing.

 

Pour Havelock Ellis, « l'inverti est caractérisé par une anomalie prédisposante congénitale ou un complexus de petites anomalies qui lui rendent, difficile ou impossible l'attraction sexuelle vers l'autre sexe, facile au contraire l'attraction pour son propre sexe. Cette anomalie peut apparaître spontanément, ou être mise en activité par des circonstances accidentelles » (1 – tome I).

 

Son œuvre, « Étude de la psychologie sexuelle », est un catalogue au moins aussi impressionnant que celui de Krafft-Ebing, mais elle s'y oppose sur de nombreux points et cette opposition est due à l'émerveillement qu'Ellis avoue ressentir pour l'infinie variété des pratiques sexuelles.

 


Les détails croustillants abondent, comme cette étude détaillée sur la longueur du jet d'urine selon les phases de la vie psychique. Cependant, s'il n'échappe pas à cette même dichotomie entre bons et mauvais pervers, qui aura une grande influence sur les conclusions des expertises médico-légales [est notamment qualifié de mauvais celui qui se vante et reste arrogant même en présence de l'expert]. Il pense que c'est dans sa propre expérience qu'on peut trouver des traits de comportement qui permettent de comprendre les perversions.



Henry Havelock Ellis, plus humaniste que Richard Von Krafft-Ebing, est le fondateur de l'éducation sexuelle dès l'enfance, de la bonne compréhension de la différence des sexes, de la notion d'« auto-érotisme » que Freud lui empruntera, etc. : pour lui, l'inversion n'est pas une maladie, il ne faut pas chercher à la guérir et il n'y a aucune raison de la punir. Position courageuse alors que Wilde vient d'être condamné (1895).

 

(1) Havelock Ellis, « Études de psychologie sexuelle » [Studies in the Psychology of Sex], Traduction de Arnold Van Gennep, éditions Mercure de France, 1964. Le tome I paraît en Angleterre en 1898 et traite de l'homosexualité : « La pudeur, la périodicité sexuelle, l'auto-érotisme, l'inversion sexuelle », éditions Mercure de France, 1927.

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur l'ouvrage de Sylvie Chaperon : Les origines de la sexologie 1850-1900 sur son site altersexualité.com

 

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