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Le dernier été des Indiens, Robert Lalonde

Publié le par Jean-Yves

Été 1959, dans un petit village au nord du Québec : Michel, le narrateur, a treize ans et le sang en feu. À la rentrée, il devra intégrer le petit séminaire comme le clan en a décidé. En attendant, il vit avec Kanak, l'Indien.

 

L'indien l'initie aux joies innocentes de la nature, de la liberté. Michel découvre aussi avec volupté les joies du sexe et célèbre cette seconde naissance avec lyrisme et innocence.

 

« Plus tard, bientôt, perdu dans le grand dortoir des petits, avec ma main sur mon sexe et mon souvenir précisément rempli de toi, je serai encore capable, pour un temps, d'évoquer tes gestes, ta force et l'immense suavité de ta beauté. Malgré la brume grise qui suintera des murs et malgré les crucifix qui viendront fasciner mon sommeil. Mais, la ouate fibreuse de l'oubli m'engourdira de nuit en nuit et j'irai jusqu'à la fine pointe du doute en ayant pleine conscience de ma chute semblable à celle de l'ange après trop d'orgueil ou, pire encore, à celle d'Icare après trop de confiance.

 

Si c'est d'un poison qu'il s'agit, je le boirai jusqu'à la dernière goutte, pour que son effet soit éternel. Mais l'Indien est plutôt un philtre ou une potion magique. En tout cas, un remède. Un miracle n'arrive que par l'acte de foi qui l'appelle. Or, je désire mon obsession de lui et, comme une dent peut encore faire mal, même une fois le nerf tué, son souvenir me donnera sans cesse une névralgie presque douce et, sans répit, j'y reviendrai. » (p. 88)

 

Cette passion intense ne manque pas de révolter les bonnes gens alentour. Le village ne laissera pas faire cela.

 

« Aujourd'hui, donc, je m'abandonne, serré dans son étreinte et, desserré de son étreinte, je ne songe même pas à m'inquiéter, puisque je le verrai demain, d'une façon ou d'une autre. Mais, absent de lui, que me restera-t-il de notre perfection ? Je n'ai peut-être que treize ans et demi et pourtant, dans l'aubier de ma douleur, comme une amande douce-amère, je la sens déjà contenue, ardente et patiente, la longue phrase que je leur lancerai au visage, quand le temps sera voulu ! » (pp. 123/124)

 

Le dernier été des Indiens est un roman d'initiation qui oppose avec vigueur paganisme et religion, naïveté et hypocrisie, sensualité et moralisme.

 

Ce songe d'une nuit d'été, beau et envoûtant, est un hymne à la liberté et à la vie.



■ Éditions du Seuil, 1982, ISBN : 2020062461 (ou Éditions du Seuil/Points, 1993, ISBN : 2020191245)

 

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