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Onanisme et homosexualité, Wilhelm Stekel (1917)

Publié le par Jean-Yves

Parmi les psychanalystes cultivés, Wilhelm Stekel fut un des rares à tirer de la théorie de l'intersexualité des conclusions originales, quoique souvent contradictoires. Dans « Onanisme et homosexualité », il insiste sur le fait que « tous les homosexuels ont eu dans leur enfance des tendances hétérosexuelles ». Il pense qu'il n'y a pas d'exception à cette règle.

 

Il faudrait alors admettre que Hirschfeld s'était trompé en imaginant, par exemple, que le contenu des rêves était chez les homosexuels toujours orienté vers le même sexe. « Il n'existe pas d'être monosexuels », dit Stekel. Il ajoute que « la monosexualité n'est pas toujours normale ou naturelle. La nature nous ayant fait bisexuels exige que nous nous comportions en bisexuels. » De sorte que si l'homosexuel est un « parapathique » parce qu'il refoule son hétérosexualité, l'hétérosexuel pur l'est aussi, parce qu'il refoule son homosexualité.

 

Qu'est-ce donc qu'un parapathique, pour Stekel ? « Un être, dit-il, n'ayant pas réussi à vaincre les instincts asociaux qu'il considère comme immoraux. Ce n'est donc plus à proprement parler un perverti ou un malade ».

 

Et Stekel reconnaît que la parapathie varie selon les pays. C'est un conflit avec la société et la civilisation ou, du moins, avec l'image qu'une majorité d'individus se fait d'elles. Car, chez Stekel comme chez la majorité des psychanalystes, la « société » et la « civilisation » sont des mythes et des tabous qui ne se discutent pas plus que « le développement de l'humanité ». « Il n'entre guère, dans leur esprit, que la société puisse être changée. Ils entendent que l'individu s'y adapte, sans voir que ce que nous appelons la société n'est que la somme des volontés individuelles qui la composent. »

 

Stekel se résigne à l'idée qu'un jour, « les instincts seront mis entièrement au service de la société » et qu'il y aura une « domestication totale de la vie instinctive ». Il accepte l'idéal de la fourmilière. Il va bien jusqu'à dire que « l'homme sain devrait pouvoir exercer une activité bisexuelle » et que « l'homosexuel normal devrait être indifférent à l'égard de la femme », il ne s'attarde pas à ces idées, pas plus qu'à la « parapathie » de l'hétérosexuel, quoiqu'il répète que « la monosexualité constitue déjà une disposition à la parapathie et est parfois la parapathie elle-même ».

 

Mais, bien sûr, Stekel partage le point de vue psychanalytique selon lequel l'homosexualité constitue une « régression ». Et il trouve cette régression si profonde qu'à son avis, elle va jusqu'aux formes primitivement hermaphrodites de la série animale. Mais, à ce point, Stekel bifurque soudain. L'homosexuel est en première ligne, selon lui, un phénomène d'atavisme. Ce n'est pas un « surhomme », c'est un « sous-homme ». Sa vie instinctive précocement développée ne s'adapte pas à la civilisation ; biologiquement, il est plus proche de la disposition primitive bisexuelle que l'homme « normal » qui représente son temps. Mais comme ce conflit se manifeste par des surcompensations, cet homme primitif « devient une créature de l'avenir ». Stekel note que lorsque « la nature veut créer quelque chose de grand, de puissant, d'élevé, elle revient toujours au réservoir du passé ». Or, le passé, c'est la puissance de l'instinct, le génie mêlé au crime. Voilà, dès lors, à quoi les homosexuels (ces primitifs) seraient acculés : sublimer leur instinct asocial émanant d'époques révolues et se transformer en créateurs (poètes, peintres, musiciens, prophètes, inventeurs, etc.), ou vivre cet instinct en devenant criminels ou, encore, si la sublimation ou la criminalité restent en chemin, devenir de pauvres parapathiques.

 

On pourrait observer que l'homme prétendument civilisé ne s'est pas révélé moins criminel que le primitif. Mais Stekel croit que la peur de l'autre sexe, dont l'homosexuel ferait preuve inconsciemment, ne serait qu'un effet de la haine éprouvée à son égard.

 

« La parapathie homosexuelle, dit-il, est une disposition sadique vis-à-vis de l'autre sexe, disposition qui oblige à fuir dans le sexe auquel le sujet appartient ».

 

Non sans contradiction, Stekel qui juge l'hétérosexuel pur aussi parapathique que l'homosexuel pur ne dit pas si, lui aussi, est un sadique qui s'ignore, dont le sadisme s'exercerait envers son propre sexe et l'obligerait à fuir vers le sexe opposé.

 

 

■ Onanisme et homosexualité : la parapathie homosexuelle, [Onanie und Homosexualität : die homosexuelle Parapathie], Wilhelm Stekel, éditions Gallimard, collection Psychologie, 1951

 

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