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Gilles de Rais ou La gueule du loup de Gilbert Prouteau

Publié le par Jean-Yves

Criminel ou victime de l'amour ?



On l'a pendu, après l'avoir accusé de tous les maux : sorcellerie, meurtres d'enfants, sodomie. Gilles de Rais aurait-il été victime d'une machination ?


Son fantôme a hanté nos cauchemars, du loup-garou à Barbe-bleue, on lui aura fait endosser tous les costumes de l'infamie. Gilles de Rais est plus qu'un monstre, c'est un mythe : l'ogre ignoble et sanguinaire, jamais repu de chairs enfantines.


Le compagnon de Jeanne d'Arc, accusé du meurtre de cent cinquante enfants, de sorcellerie, d'hérésie et de sodomie, fut pendu au-dessus d'un bûcher le 26 octobre 1440, à l'âge de 36 ans.


L'écrivain vendéen Gilbert Prouteau, persuadé en son âme et conscience que le bourreau d'enfants a été victime d'une terrible machination, lui a consacré un livre, "Gilles de Rais ou la gueule du loup", résultat de ses recherches.


A l'aide de documents inédits, d'indices réinterprétés, l'auteur démonte un à un les mécanismes du procès :

● L'immense fortune du Maréchal suscitait d'âpres convoitises, notamment celles du duc de Bretagne et du machiavélique évêque de Malestroit. On l'accuse alors de rapts et crimes d'enfants. Pour Gilbert Prouteau, ce ne sont que des foutaises car au XVe siècle, 20 à 30000 enfants par an, disparaissaient en France, et personne ne les recherchait.


● Gilles de Rais s'accuse de huit cents meurtres, mais aucun cadavre n'a été retrouvé : huit cents assassinats sans cadavres ni ossements, c'est un véritable polar surréaliste.


● Sur les odeurs nauséabondes qui s'échappent de sa forteresse : c'est que Gilles de Rais se pique d'alchimie et brûle d'étranges mixtures, à la recherche de la pierre philosophale.


● Ses aveux ? Ils sont dus à une véritable torture psychologique. Ils lui sont arrachés à force de sevrage, on met à l'eau cet alcoolique qui boit cinq litres par jour d'hypocras, à 22°. On promet l'excommunication à ce mystique illuminé et les sombres inquisiteurs n'ont qu'à lui montrer leurs terribles engins de torture pour qu'il s'accuse de tous les crimes.

En échange de ses aveux, Gilles de Rais obtiendra de rester au sein de la communauté chrétienne et, ainsi, d'être inhumé en terre consacrée. Finalement, il marchera la tête haute vers son supplice avant d'être inhumé dans une église nantaise entre évêques et ducs de Bretagne (son tombeau a été détruit pendant la révolution).


Son crime unique : l'amour avec les jeunes garçons. Les fameuses saturnales et les orgies sacrificatoires empruntées au marquis de Sade, délayées par les brodeurs de mythe sont nulles et non avenues.


Gilles aime les enfants et ne trouve son assouvissement qu'avec les garçons de 8 à 12 ans. Tels ceux qu'il entretient sous son toit et qui partagent sa vie, sa chambre et ses caresses... Les mignonnets de ses châteaux de Tiffauges ou de Machecoul ne sont - comme les mignons de Henri III - que des "damoiseaux-damoiselles" dociles aux caresses du maître. Et non de la chair à pâtir.


Pendant son procès, Gilles de Rais avouait à ses juges :

« L'amour est une émanation qui s'exhale des corps de femmes et de jeunes garçons. Et moi, pour être vulnérable à cette émanation, pour en être devenu l'esclave serais-je pour autant un monstre ? »

■ Editions du Rocher, 1992, ISBN : 2268013227



Lire aussi : Gilles et Jeanne de Michel Tournier


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