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L'école du Sud, Dominique Fernandez

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans ce roman, Dominique Fernandez se penche sur son passé. Mais « L'école du Sud » n'évoque pas directement ses souvenirs personnels. L'écrivain réinvente et met en perspective historique la vie de son père et de sa mère. Au nom de la fiction, l'auteur modifie quelque peu les événements : il capte l'essentiel de la mémoire et élabore un récit cohérent enrichi d'une subtile réflexion sociale.

Le narrateur, Porfirio Vasconcellos, raconte son passé et celui de la femme, Constance, qu'il a plus tard épousée.

Dominique Fernandez « devient » son propre père, Ramon Fernandez (sous le truchement de Porfirio), mais reste présent à chaque ligne. S'il prend la place du père ce n'est pas par désir d'identification mais pour mieux cerner l'ambiguïté d'un personnage qu'il a peu connu et dont la célébrité politique fut lourde à assumer par le fils. Cette prise de position offre un plus à ce roman. Il n'est pas aisé de régler honnêtement la question d'un père à la fois immense et renégat.

Dominique Fernandez a choisi le roman, pour écrire la biographie de ses parents. Aussi grand que soit son souci d'objectivité, c'est avec tendresse qu'il entreprend sa quête de la vérité. Le temps épure la haine et la passion explique les doutes.

Dominique Fernandez ne tente pas de réhabiliter son père : ses idéaux politiques sont opposés aux siens. L'auteur offre à son père ce que peuvent l'amour et la fiction, une deuxième existence, chaleureuse et émouvante.

« L'école du Sud » est divisé en deux parties : la biographie du père et celle de la mère. Trois protagonistes participent au drame à chaque instant. Porfirio, Constance et Dominique, fils dans la réalité, absent du récit, mais qui par le pouvoir de l'écriture se glisse dans la peau de ses parents, et recrée les étapes de plusieurs odyssées familiales, aussi bien celle d'Adeline la grand-mère paternelle que celle de Porfirio élevé dans l'exubérance surpeuplée d'un palazzo d'Agrigente ou de Constance seule avec son frère dans un misérable deux-pièces de Saint-Etienne.

Ramon Fernandez se sépara de sa femme. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, intellectuel avide d'action, il vacille dans la collaboration et les idéaux fascistes. Dans ce roman, Dominique Fernandez peut analyser et expulser les cauchemars. L'ombre d'un père est difficile à porter. Cette mémoire-là est douloureuse. Mais dans la maturité de sa propre vie, il tente de retrouver les racines qui le relient au père.

Dans la réalité le père de Ramon Fernandez est mexicain, la mère française. Dans le roman, l'auteur le fait naître en Sicile, la seconde patrie de l'auteur, la terre de ses passions.

Ce roman atteint toute sa dimension, au-delà de la chronique familiale, lorsque s'affrontent deux civilisations, le Sud lié au père, le Nord d'où émerge la mère, fille d'un instituteur laïc et puritain. Porfirio, élevé par des femmes dans le décor baroque d'un pays incendié de soleil et de faste, Constance que la misère condamne à la réussite scolaire. D'un côté un homme sensuel, entouré de figures maternelles, d'un autre une femme meurtrie, féministe avant la lettre, qui s'invente une discipline de la solitude.

■ Éditions Grasset, 1991, ISBN : 2246443415


Du même auteur : L'amour - Signor Giovanni - Jérémie ! Jérémie ! - La gloire du paria - L’étoile rose - Eisenstein - L'école du Sud - Dans la main de l'ange - Porfirio et Constance - Porporino, les mystères de Naples

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