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Porfirio et Constance, Dominique Fernandez

Publié le par Jean-Yves Alt

« L'école du Sud » racontait les origines du père et de la mère, leur rencontre. Le roman opposait deux cultures, le Sud et le Nord, la sensualité de la vie et la rigidité du devoir, les deux natures qui enrichissent l'écrivain après l'avoir divisé.

« Porfirio et Constance » analyse les causes du divorce des parents, l'engagement politique du père, sa fuite. C'est aussi, à travers leur déchirante séparation, une ébauche d'autobiographie.

Étreint d'une particulière tendresse pour le renégat engagé dans le fascisme, Dominique Fernandez donne la parole à Ramon Fernandez, son père.

Le fils de collabo est confronté, lucide mais chaleureux, à la mémoire douloureuse du géniteur. Grâce à Dominique (Vincent dans le roman), le père, Ramon Fernandez (Porfirio), explique son amour maladroit pour Constance : il étouffe dans le mariage, souffre d'être sans cesse jugé par une épouse rigide ; endetté, attiré par le plaisir, influencé par Doriot (ancien chef communiste qui crée un parti fasciste), il se compromet gravement. Le roman est le bilan de cette débâcle.

Dominique Fernandez, romancier talentueux, essayiste subtil, historien intègre, réhabilite le père banni : l'homme maîtrise les pulsions subjectives pour que l'écrivain sauve le père.

À propos de Vincent, son frère, Armelle écrit à Porfirio, croyant meurtrir l'homme à femmes et le fasciste repenti. « Ton fils est homosexuel », assène-t-elle au père haï en stigmatisant le lien supposé entre le choix homosexuel et la relation au père.

Par la bouche de Porfirio, Dominique Fernandez élabore l'une de ces violentes et froides mises au point : « Nul ne devient homosexuel s'il ne l'est déjà. »

Dans la première moitié du chapitre intitulé « Vincent », l'auteur transcrit les arguties truquées d'Armelle pour mieux les combattre :

« L'inconscient de Vincent le mit dans la voie où il manifesterait avec le plus d'éclat sa solidarité avec le salaud fasciste : il serait, lui, le salaud sexuel. L'homosexuel. La "tante", objet de la réprobation publique, le "pédé", indigne de pardon. Celui qui enfreint la loi virile, comme son père avait enfreint le devoir national. »

Face à cette démonstration partisane, Porfirio se fait alors le défenseur de Vincent et le champion d'une homosexualité victorieuse et épanouie. Même si dans la réalité Ramon Fernandez a su parler avec justesse et sympathie de l'homosexualité de Proust et de Gide, il est surprenant d'imaginer un père démolissant avec fougue les arguments de sa fille et vanter le naturel de l'homosexualité de son fils. La liberté du roman est de passer outre la vraisemblance surtout quand la parole est juste.

Par le truchement de Porfirio (image de l'hétérosexualité essentielle), Dominique Fernandez affirme à juste titre que l'homosexualité « n'est laide et sale que dans les pays où le regard des autres, le préjugé des autres, la condamnation des autres, en la forçant à se cacher, l'avilit ».

Et si Vincent aime un Napolitain c'est parce que l'Italie est « le pays de la nature, le pays où la nature échappe au contrôle de la loi ». C'est aussi parce qu'ainsi il rejoint son père réfugié dans sa terre d'origine.

Ce qui est capital c'est que le père authentifie l'homosexualité du fils. Vincent n'est pas « un être incomplet, un sous-homme bloqué à un stade infantile de son développement ». Bien au contraire, insiste le père, « il (lui) faudra une force exceptionnelle de caractère […] pour ne pas se laisser intimider ».

Roman de la réconciliation, où un fils retrouve son père et, où un père donne raison à son fils d'être lui-même.

■ Éditions Grasset, 1992, ISBN : 2246452902


Du même auteur : L'amour - Signor Giovanni - Jérémie ! Jérémie ! - La gloire du paria - L’étoile rose - Eisenstein - L'école du Sud - Dans la main de l'ange - Porfirio et Constance - Porporino, les mystères de Naples

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