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Les incompris, Jacques Cardonnet (1960)

Publié le par Jean-Yves

Au XIXe siècle, deux garçons s'aiment sans se l'avouer…

 

Un jeune aristocrate, Auguste, doué d'une belle fortune, d'un titre de noblesse, devient le camarade d'un de ses condisciples dont, peu à peu, il s'éprend.



Xavier, l'être aimé, est – comme beaucoup de ceux qui inspirent cette sorte d'attirance – souple, caressant, séduisant. Non pas efféminé, mais câlin. Il est sensible à la tendresse de son ami. Comblé de prévenances et de présents, il a de la reconnaissance. Il feint, avec une sorte de coquetterie, de la faiblesse pour provoquer une assistance qui le flatte, et qui lui profite. Il est installé à demeure dans le château du jeune marquis Auguste de X.

 

« Je dois l'avouer, j'ai le désir de rester seul avec Xavier. C'est étrange... je ne me serais pas cru capable de tels sentiments. Lorsque Xavier se promène avec Yves ou d'autres gars, j'ai hâte qu'il revienne. J'éprouve le besoin de sa présence continuelle. Il me serait impossible de l'aimer davantage. La nuit, quand sa main quitte la mienne, c'est moi qui la reprends. Que Dieu n'envisage pas de nous séparer ! J'ai prié le notaire de préparer un testament, instituant Xavier mon légataire universel. » (pp. 93/94)

 

Aucun contact physique n'a lieu entre ces deux « homosexuels » inconscients de leur attirance à laquelle ils donnent, avec ferveur, le nom d'amitié. Auguste, très pieux, n'a pas de remords.

 

« Ce matin, j'ai prié notre chapelain de me recevoir à confesse. Cet homme est un saint. Depuis ma plus tendre enfance il connaît mes pensées les plus intimes. Je vais lui ouvrir mon cœur. Je vais lui avouer mon amitié pour Xavier, cette amitié qui n'est pas naturelle, cette amitié qui ressemble étrangement à autre chose.

Le prêtre écouta mon examen de conscience. Angoissé, j'attendais sa sentence.

— Calmez-vous mon fils, raisonnez les élans de votre cœur. L'amitié que vous éprouvez envers votre jeune ami, sera pure et bénie du Seigneur, tant qu'il n'y aura pas œuvre de chair. Vous avez été un exalté. Priez, afin que Dieu apaise vos pensées. Allez en paix, mon enfant.

Je suis heureux ! Œuvre de chair ! Jamais !

Souvent, Xavier et moi prenons bain ensemble. Il fait mille espiègleries ; il arrache les poils de ma poitrine. Quand je ne m'y attends le moins, il plonge ma tête dans l'eau. Au mois d'août, pendant les chaleurs, nous avons dormi sans chemise. Joseph nous a vus nous battre à coups de traversins et d'oreillers dans le costume d'Adam.

Xavier, charmant Xavier, tendre, trop tendre, ton visage est agréable, et tes formes me rappellent celles d'un Apollon ; mais, jamais, ne viendra à mon esprit un mauvais désir. » (pp. 96/97)

 

Mais voici que l'aimable protégé devient amoureux d'une femme. Auguste souffre en secret de voir qu'une femme lui a été préférée. Pourtant, entre les deux hommes, il n'y a eu qu'un échange de lettres ardentes, de phrases tendres.

 

Une fois les fiançailles décidées, l'amoureux, trahi, désespéré, ne peut se consoler. Pour tous, il est heureux du bonheur qui échoit à son ami Xavier. Secrètement, il est ravagé par le chagrin, par la haine de cette intruse.

 

Au cours d'une partie de chasse, le marquis Auguste tire intentionnellement sur la jeune femme : elle est tuée net.

 

Procès-verbaux, enquête. Le châtelain semble avoir une attitude irréprochable. Et, comme il est en bons termes avec les autorités supérieures, l'affaire est classée. Il est officiellement reconnu irresponsable.

 

Mais, peu après, le pauvre homme, maigri, enfiévré, méconnaissable, fait don de tous ses biens à Xavier et va s'établir en Afrique du Nord, où il entre dans les Ordres :

 

« Seul le chapelain est au courant de ma décision, qu'il a, lui-même, suggérée. Je ne verrai plus jamais Xavier. Il sera continuellement présent en mon esprit et dans mon cœur. Je lui lègue tous mes biens. Qu'il rende heureux ceux qui vivront près de lui ! Qu'il soit heureux lui-même ! Je voulais lui laisser une lettre ; lui dire une dernière fois que je l'aime. Le chapelain lui parlera. Il ne lui dira pas que mon amitié pour lui avait atteint son paroxysme, frôlant la démence, devenait criminelle. Il lui dira que je l'aimais comme un frère. Il ne lui racontera pas que j'ai tué Claire parce que je voulais qu'il fût heureux et que la jalousie s'était emparée de moi. Il lui dira que c'est la Volonté de Dieu qui s'est accomplie. » (p. 205)

 

C'est par une confession trouvée dans sa cellule après son décès, qu'on a pu connaître la vérité sur ce drame dont aucun enquêteur du Parquet n'avait pu trouver l'explication. On découvre aussi le journal de Xavier, et l'aveu de l'amour qu'Auguste lui inspirait.

 

■ Éditions de la Tour, 1960, 218 pages

 


Découvrir le début et la fin de ce roman

 

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