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L'épithalame, Jacques Chardonne (1921)

Publié le par Jean-Yves

Le livre premier de « L'épithalame » raconte l'enfance de Berthe parmi la société provinciale ou parisienne qui se groupe en été à Noizic ; elle rencontre Albert, ils s'aiment et après une séparation, ils se fiancent. Malgré les nombreux personnages, l'intérêt se concentre sur Berthe et Albert.

 

Le livre deuxième est passionnant : c'est strictement le roman du couple. Chardonne pénètre les premiers froissements, les querelles où l'amour disparaît peu à peu.

 

Albert a été d'abord tout amour, il confond son âme et son amour ; ainsi, quand il s'est décidé au mariage, il se disait :

 

« Je redoute le mariage, parce que je songe à une étrangère, mais elle, je la connais ; je lui ai parlé pendant des années. Inconsciemment, je l'ai élevée pour moi. Elle me connaît et elle m'aime. Je ne serai ni tourmenté, ni gêné, puisqu'elle m'aime tel que je suis. »

 

Et bientôt un soir sous la lampe, il découvre que Berthe ne le comprend pas tel qu'il est ; il songe :

 

« Cette pensée qui m'est venue du plus profond de moi, elle ne l'a pas devinée. Il faudrait que je la dise comme à une étrangère. »

 

Son amour ne devient qu'une petite partie de lui-même, il s'éloigne de Berthe, retourne à son intellectualisme.

 

D'abord, Berthe se révolte contre Albert, « toujours sourd à l'appel le plus poignant », contre les « vues étroites et despotiques du mari qui entend borner sa femme à lui-même ».

 

Mais bientôt elle s'aperçoit que leurs différends, leurs discussions, les ont rapprochés ; elle connaît vraiment son mari maintenant :

 

« Vivre ensemble, quelle expérience ! que de larmes, de luttes, de méprises, avant de s'ouvrir un peu l'un à l'autre ! »

 

Le mariage, opposé à l'amour des fiançailles, c'est « Aimer ce qu'on connaît... la sincérité... Être soi, vraiment, l'un pour l'autre. »

 

Ainsi Chardonne conclut « que l'amour est inhabitable ; mais d'autres liens se forment, plus forts que l'amour déçu et querelleur ».

 

L'auteur rend sensible la fluidité du temps et des âmes, le perpétuel changement et la complexité des sentiments et des attitudes. À cet effet, il s'inspire des procédés du cinéma : il prend des vues çà et là dans la vie, une promenade, une conversation ; entre elles, il y a discontinuité, ou parfois une trame très réduite. Comme au, cinéma, l'esprit doit reconstituer les intermédiaires.

 

Chardonne ne se prive pas de scènes à première vue insignifiantes, mais qui se complètent et prennent, par leur accumulation, une portée générale. Elles semblent prises au hasard, et pourtant approchent – mieux qu'un récit – la vie avec ses pauses entre les crises.

 

L'écriture de l'écrivain est simple, sans particularités de vocabulaire : rien qui surprenne ni qui arrête ; comme si Chardonne avait voulu qu'aucune lumière trop vive puisse changer le relief des âmes.

 

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