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Jugement dernier par Rogier Van der Weyden

Publié le par Jean-Yves

Le Jugement dernier occupe tout l'intérieur du retable, formant une seule scène qui s'étend sur neuf panneaux.

 

L'éclairage vient de gauche dans tous les tableaux, comme la lumière réelle dans la chapelle qui devait les recevoir.

 

L'unité du polyptyque est renforcée par la guirlande de nuées qui s'étend aux neuf panneaux et par le prolongement des draperies de certains personnages d'un panneau à l'autre. (1)

 

Au centre, dominant tout, le Christ trône sur l'arc-en-ciel. Ses pieds reposent sur un globe d'or ou de bronze orné d'un double galon de perles et de pierreries. Sa tête est nimbée d'une auréole crucifère d'or et de pierres précieuses.

 

Il est vêtu d'un grand manteau rouge couleur de sang. Son attitude exprime la double adresse aux ressuscités : bénédiction à sa droite, malédiction à sa gauche, encore explicitée par le lys de la miséricorde et le glaive de la justice. Son visage, impassible et strictement frontal, est à la fois celui du Juge inexorable et celui du Rédempteur infiniment bon.

 

Autour du Christ, mais à une certaine distance, quatre anges volant présentent les instruments de la Passion.

 

 

Rogier Van der Weyden – Le polyptyque du Jugement Dernier – 1446/1452

Huile sur le bois, 215cm x 560cm, Musée de l'Hôtel Dieu, Beaune

 

En dessous du Christ, dans un axe vertical très strict, saint Michel pèse les vertus et les vices de l'humanité. Le mal, plus lourd, pèse sur les consciences entraînant les damnés dans la chute en enfer. Le bien qui élève l'âme, conduit les élus vers la porte du paradis, où un personnage ailé les fait monter vers la béatitude de l'amour de Dieu. L'archange, en vêtements liturgiques, reproduit, dans les grandes lignes, l'attitude du Christ. Il est entouré lui aussi de quatre anges, ceux qui sont chargés de sonner la trompette pour l'appel des morts.

 

 

Dans la même nuée lumineuse que le Christ, mais placés beaucoup plus bas, les deux intercesseurs (Marie et saint Jean-Baptiste) s'agenouillent, mains jointes et visages levés vers le Juge. Derrière eux, en deux groupes qui tendent à former un vaste demi-cercle, les douze apôtres siègent comme assesseurs. Ils n'ont pas d'attributs.

 

 

Toujours sur le fond d'or délimité par la guirlande de nuages qui entoure les personnages célestes intercèdent aussi, mains jointes, à genoux ou s'agenouillant, quatre saints, du côté du ciel : un pape, un évêque, un roi, un vieillard ; trois saintes, du côté de l'enfer, dont l'une est couronnée.

 

 

En bas, de la croûte terrestre, les morts se lèvent. La division verticale au centre de la composition commande toutes leurs attitudes. Dans les plateaux de la balance, les petites figures masculines contrastent violemment, l'une s'agenouillant le visage radieux, l'autre détournant la tête, les cheveux hérissés d'horreur, la bouche ouverte en un cri de désespoir. Aux pieds de l'archange, côté « vertus » se trouve un homme, côté « vices » se trouve une femme.

 

 

Sur terre, à la droite du Christ, les élus sortent du sol, joignent les mains, s'agenouillent, se relèvent lentement et s'avancent vers la porte d'or du paradis. Les fleurs, sous leurs pas, sont de plus en plus nombreuses. L'ange qui symbolise l'Amour les invite à gravir les marches vers le monde céleste.

 

 

À la gauche du Christ, les damnés, accablés sous le poids de leurs fautes, tentent de se lever, sans parvenir à se redresser, et dans une fuite accélérée s'agglomèrent pour la chute finale dans les flammes de l'enfer : sous leurs pas, un sol de plus en plus aride et crevassé. Un arc-en-ciel, sinistre contrepartie du premier, éclaire de lueurs blafardes les approches de l'enfer.

 

 

Les circonstances de temps sont à peine suggérées. Le ciel, très sombre sur le haut du panneau central comme sur les deux panneaux extrêmes, semble suggérer la nuit tandis qu'une aurore paraît monter de l'horizon derrière saint Michel.

 


(1) De plus, par deux fois, des ressuscités figurent à cheval sur deux panneaux différents.


D'après Nicole Veronée-Verhaegen in « Le Polyptyque du Jugement dernier, Rogier Van der Weyden », un dossier établi par Hortense Lyon, éditions CNDP, 2007, ISBN : 224001752X, page 21

 

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