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Hymne de la pédérastie : le groupe des Tyrannoctones

Publié le par Jean-Yves

En -514, le jeune Harmodios était l'éromène (l'aimé) d'Aristogiton. Hipparque, frère du tyran Hippias s'éprit à son tour du bel éphèbe qui l'éconduisit. Dépité, Hipparque se vengea bassement en humiliant la sœur d'Harmodios. Celui-ci supporta difficilement cet outrage, et son éraste (amant) Aristogiton s'en irrita bien plus encore. Ils ourdirent donc un complot visant à tuer Hippias et son frère. Mais, le jour venu, se croyant trahis, ils renoncèrent en n'abandonnant pas l'idée de se venger de celui qui leur avait fait l'affront, et le rencontrant sur leur chemin, le tuèrent. Harmodios fut massacré sur place et Aristogiton périt, un peu plus tard, cruellement supplicié.

 

Ce drame eut un tel retentissement et agit avec tant de force sur l'imagination populaire, que la légende ne tarda point à en déformer le souvenir. Bientôt les Athéniens se convainquirent que les deux amants avaient tué le tyran lui-même, et que, par cet exploit, ils avaient délivré leur patrie d'un joug odieux.

 

 

Reconstitution du groupe des Tyrannoctones

 

Les deux statues présentées au Musée national archéologique de Naples, trouvées à la villa Adriana, sont des copies représentant, à droite, Harmodios, bras droit levé et tenant un poignard, prêt à frapper ; et à gauche, Aristogiton, tendant en avant son bras gauche recouvert d'un manteau tandis que son bras droit, armé, est rejeté en arrière. Le groupe est représenté de face, le spectateur se trouvant donc dans la position de la victime.

 

Cet enthousiasme se manifesta dans une fameuse chanson de table, qui est en quelque sorte l'hymne de la pédérastie, si populaire que les jeunes gens la chantaient à tout propos dans les banquets et qu'on en avait les oreilles rabattues.

 

Je porterai l'épée dans un rameau de myrte,

comme Harmodios et Aristogiton,

lorsqu'ils tuèrent le tyran

et firent Athènes libre.

 

Cher Harmodios, non, tu n'es pas mort ;

tu habites les îles bienheureuses

avec le rapide Achille,

avec Diomède, fils de Tydée.

 

Je porterai l'épée dans un rameau de myrte,

comme Harmodios et Aristogiton,

lorsque, à la fête des Panathénées,

ils tuèrent le tyran Hipparque.

 

Votre gloire sera éternelle,

cher Harmodios et cher Aristogiton,

parce que vous avez tué le tyran,

parce que vous avez fait Athènes libre.

 

On éleva aux amants tyrannicides un tombeau sur la route de l'Académie, c'est-à-dire au lieu des sépultures glorieuses. Ainsi que des statues, et ils furent même les premiers à qui l'on en ait élevé dans l'Agora. Par la suite, ils devinrent l'objet d'un véritable culte. Parmi les fonctions religieuses de l'archonte polémarque, il y avait celle de célébrer « la fête commémorative de la mort d'Harmodios et d'Aristogiton ».

 

Une loi prescrivit à tous les citoyens de prêter contre quiconque tenterait de renverser le gouvernement populaire un long serment dont les formules essentielles étaient : « Je tuerai de ma main, si je le puis, celui qui renversera la démocratie athénienne... Et si un autre que moi accomplit le meurtre, je le tiendrai pour pieux envers les dieux et les démons... Si au contraire quelqu'un, soit en accomplissant, soit en essayant d'accomplir le meurtre, vient à succomber, je lui ferai du bien et je l'honorerai, lui et ses enfants, comme Harmodios, Aristogiton et leur postérité. »

 

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