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Antimanuel d'éducation sexuelle : Un livre polémique de Marcela Iacub et Patrice Maniglier

Publié le par Jean-Yves

Quoi de neuf du côté delà sexualité ? […] Un livre incendiaire (Antimanuel d'éducation sexuelle, Marcela Iacub et Patrice Maniglier, Editions Bréal, ISBN : 2749505402) […]

 

Les auteurs nous annoncent, en effet, la plus décevante des nouvelles : la libération sexuelle n'a pas eu lieu. […] Nous serions ainsi passés d'une société sous le contrôle du père (avant 1968) à une société sous le contrôle de l'Etat. À l'heure où le CSA et le ministère de la famille s'inquiètent de ce que les plus jeunes fassent leur éducation sentimentale devant des films pornos(60 % des garçons de 11 ans et 30% des filles du même âge déclarent en avoir déjà vu un), le propos apparaît pour le moins paradoxal, pour ne pas dire provocateur.

 

Selon Iacub et Maniglier, les années 70 ont vu l'émergence d'une nouvelle doctrine supraétatique : celle du bonheur sexuel. En 1972, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) prône ainsi une santé sexuelle enfin « délivrée de la peur, de la honte, de la culpabilité et autres facteurs psychologiques de nature à l'inhiber ». En 1973, l'éducation sexuelle fait son apparition dans les manuels scolaires. […] la France a suivi le mouvement de la libération sous contrôle de l’Etat et de la nouvelle bien-pensance. […]

 

Le consentement mutuel, le détachement de la sexualité de la notion même de procréation sont, aux yeux de nos néoprogressistes, les deux mamelles de cette libération chèrement acquise. Mais là où le bât blesse, selon les auteurs de cet Antimanuel, c'est que ce mouvement a eu deux conséquences : le choix d'un modèle sexuel victimaire et son pendant obligatoire, l'immixtion toujours plus importante de l'Etat dans la sexualité individuelle sous prétexte de défendre des victimes avérées ou supposées. […]

 

Les deux auteurs en veulent pour preuve le traitement d'exception réservé aux criminels sexuels. De fait, les chiffres fournis par le magistrat Didier Peyrat dans son dernier ouvrage (En manque de civilité, Editions Textuel, janvier 2005, ISBN : 2845971397) font froid dans le dos : en vingt ans, le pourcentage de détenus condamnés pour agression sexuelle est passé de 5,5 à 22. […] Là où Didier Peyrat y voit […] une volonté de ne plus laisser passer ce genre de crimes, Iacub et Maniglier n’y voient eux […] que la mise en exergue des limites de la notion de consentement… « Je ne cherche pas à dire que toutes les femmes qui se prétendent violées sont en réalité consentantes. Je cherche à attirer l’attention sur les conséquences néfastes, […] on traite de la même manière des hommes armés qui vont brutaliser une femme dans une rue sombre et un petit ami qui s’est montré finalement un peu trop insistant. » […]

 

On serait assez tenté de suivre Iacub et Maniglier lorsqu’ils pointent les limitent du système judiciaire : extrême sévérité des condamnations pour viol (aussi lourdes que pour un meurtre), tendance à utiliser un autre régime de preuve survalorisant le témoignage et faisant fi de la présomption d'innocence...

 

Mais l’on freine des quatre fers lorsqu'on lit la solution qu'ils proposent : extraire le sexuel des catégories juridiques : Le viol serait remplacé par l'atteinte à l'intégrité physique, le harcèlement par l'abus de pouvoir. Autant dire, pour Didier Peyrat, accepter un retour en arrière de cinquante ans, annihilant ainsi toute spécificité de la criminalité sexuelle et toute reconnaissance de ses conséquences psychiques sur la victime. […]

 

Autre symbole de notre révolution sexuelle inaboutie

 

La disjonction ratée entre procréation et sexualité. Comme l’assènent de manière provocatrice les deux auteurs, on ne naît pas encore d'une sodomie. Ou pour le dire de façon moins polémique, l'accueil glacial réservé à l’idée même d'homoparentalité serait la preuve de notre incapacité à séparer procréation et sexualité. De même, si la femme est parvenue, par le biais de la contraception, de l’avortement et de l’accouchement sous X, à détacher sa sexualité de son désir de maternité, les deux auteurs déplorent qu’a contrario la gent masculine n’ait aucun moyen d’échapper à une paternité non désirée. Du coup Iacub et Maniglier proposent, pour les hommes, la création d’un acte notarié d’engendrement sous X.

 

Choquant ? Les deux auteurs ont des arguments à faire valoir : la loi a cherché à responsabiliser les hommes et à protéger les femmes. Bien. Mais, ce faisant, on aurait offert aux femmes une victoire à la Pyrrhus. Reines d’un petit royaume domestique, elles auraient ainsi renoncé à devenir les reines du monde extérieur. En clair, l’Etat leur aurait abandonné l'empire du ventre pour mieux les cantonner dans leur rôle de mère. Analyse séduisante. Mais la solution envisagée par les auteurs laisse rêveur. Pour libérer la femme ils pulvérisent la famille et la filiation au sein d'une cité érotique imaginaire et déjantée, répondant au doux nom de Post Sexopolis. Dans cette cité libérée du tabou sexuel, le coït hétérosexuel n'est plus qu'une technique de procréation parmi d'autres (mère porteuse, « machine à faire la vie », pour ne pas dire utérus artificiel). Le lien biologique ne prime plus dans la filiation, seule compte la volonté d'engendrer. […]

 

Les excès de cet Antimanuel vont susciter, à n'en pas douter, débats et polémiques. Au moins a-t-il le mérite de bousculer certaines idées reçues et, peut être, de libérer les hommes et les femmes du discours bien-pensant sur la sexualité. […]

 

Extraits de Marianne n° 420, Isabelle Saporta, 7 mai 2005, pages 70-71

 


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