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La nudité chez les Grecs par Maurice Sartre (1/2)

Publié le par Jean-Yves Alt

[…] comment ne pas être frappé par l'aspect des sexes masculins sur la statuaire et, plus encore, sur la peinture céramique des Grecs ? Les héros grecs sont dotés de sexes enfantins et les représentations de verges de taille « adulte » relèvent de la pornographie. Aristophane (Nuées, v. 1010) en donne indirectement l'explication dans un passage où Raisonnement juste et Raisonnement injuste s'affrontent. Selon le premier, « en suivant mes leçons, tu auras toujours le teint bien vermeil, les épaules larges, le torse musclé, la fesse dodue, la verge menue ». Alors que les manières du temps présent, l'éducation moderne donnent « le teint blafard, les épaules maigres, le torse fluet, la fesse chétive, la verge pesante ». C'est dire clairement que l'homme bien éduqué offre au regard des autres un sexe modeste : on est bien au niveau des représentations puisque l'éducation a peu de chances d'influer sur la physiologie !

La nudité décente exhibe donc un sexe bien visible mais dépourvu de turgescence. Découvrir le gland ou le laisser deviner, par exemple, est insupportable. Les athlètes utilisent à cette fin une fine bande de cuir (kunodesmè, « laisse de chien ») qui, attachée à la taille ou à la base du pénis, noue l'extrémité du prépuce afin d'empêcher le gland d'apparaître. Cela explique que les Juifs qui, vers 175-170 av. J.-C., fréquentent le gymnase de Jérusalem, « se fassent faire des prépuces » ; non pas pour masquer leur judaïté (il n'y a à Jérusalem que des Juifs), mais pour répondre à la double injonction grecque : offrir la vue d'un corps non mutilé et masquer ce qui est considéré comme indécent – le gland et non la verge.

Si la nudité masculine envahit l'espace de la cité, celle des femmes, on l'a dit, est limitée, tardive et peu valorisée. On a vu que les Athéniens se moquaient des « montreuses de cuisses » spartiates. Et lorsque Platon envisage de faire faire du sport aux jeunes filles de sa cité idéale, il ne s'agit que de course, et dans une tenue convenable. Peut-être la tenue que porte la belle Atalante, avec culotte et bustier sur une coupe attique (v. 470 av. J.-C.).

in L'Histoire n°345, Dossier « Le corps mis à nu » : extrait de l'article de Maurice Sartre « Le propre de l'homme… grec », septembre 2009, p. 52


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