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Porté disparu, Jonathan Valin

Publié le par Jean-Yves Alt

Harry Stoner, détective privé, est engagé par Cindy Dorn afin qu'il retrouve son ami Mason Greenleaf. Ils vivent ensemble depuis plusieurs années, mais avant de vivre avec une femme, Mason partageait la vie d'un homme.

Son corps est retrouvé dans une chambre d'hôtel. Suicide par un mélange d'alcool et de barbituriques. Il porte également des traces de coups.

Stoner va tenter de découvrir ce qui s'est passé pendant les quatre jours précédant son « suicide », ce qui va l'amener à côtoyer le milieu homosexuel : le regard de la société à son encontre, la violence policière, le sida, la mort, l'amour et la haine, la vengeance...

McCain sourit. « Pourquoi ne pas se rendre à l'évidence ? Il était moitié homo et n'arrivait pas à vivre moitié hétéro. »

C'était la même théorie qu'avaient avancée Cavanaugh et Sullivan – un homme qui avait endossé un déguisement qu'il ne supportait plus et dont il n'avait pas le courage ou la volonté de se débarrasser. C'était net et très possible. Sauf que ça reposait entièrement sur l'hypothèse que la relation de Greenleaf avec Cindy Dorn n'avait été qu'aveuglement. D'après ce que je connaissais de la jeune femme, j'avais du mal à croire qu'elle n'aurait pas flairé ça dès le départ, même s'il était indiscutable qu'elle évitait le passé de Greenleaf. (pp. 96/97)

« Porté disparu » expose et analyse avec maîtrise les ressorts de l'homophobie. C'est donc un tour de force que réussit le roman de Jonathan Valin : traiter de la haine des gays sans tomber dans le pathos ni la caricature.

— Écoutez, je suis désolé que ça se soit passé de cette façon-là. Mais le type a eu tort de venir nous trouver comme ça. Comme si on était à vendre.

— C'était un pédé – c'est pas plutôt ça ?

Sabato soupira. « Pour Art, peut-être. Peut-être pour moi aussi, un peu. » (p. 291)

Si ce roman semble, au premier abord, de facture classique (un détective est recruté par une jeune femme pour retrouver l'amant disparu de celle-ci), rapidement l'homosexualité de la victime – traitée avec tact mais sans afféteries – s'installe comme un personnage à part entière. C'est elle qui provoque événements et confidences, réactions en chaînes et drames, elle qui va bouleverser cette banale enquête pour conduire les personnages – comme le lecteur du reste – à mesurer leur propre tolérance.

« Porté disparu » ou comment faire pour parvenir à vivre harmonieusement dans une société intolérante et injuste quand on n'est pas conforme aux normes établies par la morale publique.

■ Éditions Gallimard/Série Noire, 2002, ISBN : 2070497690

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