Marcela Iacub s'interroge dans
son dernier livre «Bêtes et victimes et autres chroniques de Libération» sur la façon dont la loi se mêle de nos passions, notamment en matière de sexualité. [1]
Ainsi évoque-t-elle une récente proposition de loi sur les violences conjugales, dans laquelle on intégrerait la «violence psychologique». L'auteur se demande avec raison où commence celle-ci. «L'amour, surtout lorsqu'il se présente dans sa version passionnelle, ne voisine-t-il pas avec une forme de violence psychologique ? Cette forme d'amour, que notre culture considère comme le plus grand bonheur de la vie, ne se présente-t-il pas comme une sujétion, comme un non-choix, comme une fatalité ?».
Les mêmes législateurs avaient déjà inventé, à propos
du harcèlement moral, le délit de sujétion psychique. Verra-t-on bientôt les traumatisés de l'amour déposer des plaintes contre celle ou celui qui les a rendus malheureux et réclamer des
dommages-intérêts ?
En Amérique, un garçon de vingt-trois ans a été accusé de viol envers sa petite amie qui en avait quinze. Aucun refus, aucun acte de force ou de menace ne put être prouvé ; le juge considéra cependant que la jeune fille était «psychologiquement vulnérable à l'égard de l'accusé» en raison de la différence d'âge et du fait qu'elle en était amoureuse.
Autant de symptômes d'une étrange passion qui s'est emparée de notre société : vouloir nettoyer la psyché humaine de ses paradoxes, de ses bizarreries, de ses excès. Que resterait-il de l'être humain s'il n'était pas accroché à des hantises, ennemi de soi-même, possédé de désirs troubles, un peu tordu, en somme ?
■ [1] Éditions Stock, mai 2005, ISBN : 2234057558
Pierre Mainard, éditeur
11 boulevard de Gaujac
47600 Nérac
Tél : 09 50 34 22 48 & Fax : 05 53 65 93 92