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Gaston Chaissac : Pour retrouver «l'esprit d'enfance», cette insouciante légèreté qui donne au monde un parfum d'éternité

Publié le par Jean-Yves

Cette figure réalisée par Gaston Chaissac et dénommée "Y a d’la joie ou Anatole" [Huile sur planche de bois, 194 x 29 cm, 1960] que j’ai découverte, il y a quelques mois, au Musée d’Art contemporain des Sables-d'Olonne, est à mi-chemin de la sculpture et du totem. Elle est sans doute née d’un regard jeté au hasard sur une planche ordinaire.


Ce personnage me surprend, m’amuse même, me réveille. Il fait rejaillir l’énergie et l’allégresse de la jeunesse qui dort au fond de moi. Tous les choix plastiques de Gaston Chaissac me renvoient à la fraîcheur, à l’innocence d’un dessin d’enfant : les vives couleurs posées en aplat, sans modulation, les contours noirs qui composent la charpente de la figure, la simplification anatomique.



Chaissac me fait oublier l’univers dominé par l’esprit de sérieux et la prétention pompeuse de nos occupations d’adultes. Il me renvoie à une autre vie pleine de jeu, de rire, de création. Qui est Anatole ? Il est l’ami que je n’ai jamais eu, celui qui se glisse dans l’élégance superficielle de mes vêtements bien repassés pour désarmer mes certitudes figées. Il m’invite à sourire de tout, à regarder la dureté, la lourdeur, la bêtise opaque du monde avec tendresse, détachement, confiance.


Dans son existence quotidienne, dans sa vie retirée et ascétique. Chaissac a payé de sa personne son refus de travailler à la commande ou de s'intégrer au système des galeries d'art. L'indépendance a un prix, et la force de vie qu’exprime la figure d’Anatole est celle d’un homme qui a refusé tous les compromis et a créé avec sa spontanéité, sans devenir jamais un artiste commercial, ni répétitif. Si l’on a qualifié Chaissac de bricoleur de génie, c’est en référence à son mépris des recettes académiques et à son caractère rebelle à toute culture traditionnelle.




Né à Avallon (Yonne), en 1910, il est d'abord artisan avant de découvrir la peinture en 1937, à Paris. Atteint de tuberculose, il s’installe en 1943 en Vendée, région où il passera toute sa vie isolée. Malgré une réelle reconnaissance des galeries et du milieu intellectuel parisien, de Jean Dubuffet à Raymond Queneau ou Robert Doisneau, Chaissac demeure un artiste marginal, assimilé de son vivant à «l’art brut» que théorise Dubuffet, cet art des autodidactes qui s’oppose à l’asphyxiante culture des musées. Il faudra attendre la rétrospective du musée national d’Art moderne en 1973 pour que son inventivité soit enfin considérée à l’égal de celle des plus grands maîtres du XXe siècle, soit près de 10 ans après sa mort, survenue en 1964.


■ Musée de l'Abbaye Sainte-Croix, Les Sables-d'Olonne

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