Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Qui suis-je ?, Thomas Gornet

Publié le par Jean-Yves

Vincent, le narrateur de cette histoire, est en dernière année de collège. Il excelle dans toutes les matières scolaires sauf en sport. Son professeur de gym ne le ménage d'ailleurs pas :



« C'est pas encore pour cette année on dirait. » (p.10) ; « Désolé Christophe mais je crois que tu n'as pas le niveau pour battre Vincent à la marelle. » (p.12)

 

Vincent n'est pourtant pas isolé dans sa classe : il a comme meilleurs copain et copine, Aziz et Myriam. Christophe – le plus beau et le plus sportif – n'hésite pas à rire devant les déboires de Vincent. Pas seulement ricaner d'ailleurs, puisque – comme tous les autres garçons du collège – il a toujours plaisir à insulter les autres de « pédés », de « tapettes » et d'« enculés ».

 

A la fin du premier mois de l'année scolaire, arrive, dans la classe de Vincent, un nouvel élève : Cédric. Vincent va alors ressentir, peu à peu - sans qu'il les comprenne vraiment - de nouvelles sensations et émotions :

« Tout d'un coup, j'ai froid. Un frisson zigzague dans mon dos. » (p.25) « Il se met à percevoir que des garçons de son âge (ont) le bras passé autour du cou d'une fille. » (p.27) « Je regarde ses cheveux. Il a des reflets roux […] Je lui touche le bras. J'ai la main moite. » (p.35) « Mon regard descend sur son caleçon. Je ressens un grand vide dans ma poitrine, comme si mon cœur s'était décroché et était tombé dans mes godasses. » (p.40) « Cette nuit là, j'ai rêvé de Cédric. Il était dans les vestiaires. Il portait un grand t-shirt et tout le monde se moquait de lui. Je prenais sa défense. Il se retournait pour me regarder. Il avait la peau mate et me souriait. » (p.66)

Vincent a de plus en plus de mal à se concentrer sur ses études et perd peu à peu le sommeil.

 

Les autres élèves analysent les bouleversements de Vincent bien plus rapidement que lui :

● avec beaucoup d'empathie pour Myriam mais aussi avec beaucoup de retenue puisqu'elle n'arrive pas à lui faire comprendre ses interrogations : (mais peut-être est-ce aussi Vincent qui ne veut pas entendre !) « Depuis un moment, t'es plus comme avant. Tu veux pas me dire. C'est Cédric, c'est ça ? » (p.69)

● avec de l'agressivité de la part de Christophe et de sa bande. « Il [en parlant de Cédric] aime pas les pédés. » (p.68)

● avec prise de distance pour Aziz qui n'ose pas rejeter son copain. Il craint seulement le rejet des autres. « Ok, ça va Vincent. Bah, on se rappelle. C'est Myriam qui viendra demain. Moi je peux pas. Salut. » (p.91)

● avec violence pour Cédric. Au cours d'un match de volley, Cédric lance volontairement de toutes ses forces le ballon sur la tête de Vincent car il ne supportait plus d'entendre qu'eux deux soient pédés. Si Vincent accepte progressivement, en la découvrant, son identité homosexuelle, Cédric ne le peut et ne le veut pas, en dehors d'un baiser qu'ils échangeront à l'insu de tous. Ce qui signifie la fin d'une histoire en devenir.


Il reste à espérer que ce livre ne donnera pas de mauvaises idées aux homophobes de tout poil et que les éventuels lecteurs qui le seraient deviennent un peu moins "brutes" en prenant conscience de ce qui est affectif et amoureux dans tout amour, qu'il soit homosexuel ou non.



Un roman magnifique qui montre la peur que chacun ressent face à la différence.




« Il faudrait que je [Vincent] lui [Aziz] dise ce que j'ai sur le cœur. Lui, quand il était amoureux de Claire […], il m'en parlait tous les jours. Je pourrais faire pareil.

Mais là, c'est pas pareil.

Enfin si, c'est pareil.

Pas complètement.

Malheureusement.

Pour moi c'est pareil, mais pour les autres, je sens bien que ça sera différent. Et cette perspective m'angoisse terriblement. » (pp.90-91)

■ Editions Ecole des Loisirs/Médium, octobre 2006, ISBN : 2211083285

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualité.com


Le site de l'auteur


Du même auteur : Je n’ai plus dix ans - L'amour me fuit

 

Commenter cet article