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Mon regard sur le martyre de saint Sébastien peint par Andréa Mantegna

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce tableau de la grande galerie du Louvre, je l’ai vu – enfant – , non pas dans ce musée, mais en l'église d'Aigueperse qui en conserve une copie...

A la fois, malaise et ravissement, ce jumeau du dieu crucifié...

Cette allure devenue une image, rien qu'une image, fine et musculeuse, vue régulièrement pendant mon enfance, une des images de ma mémoire, répétée par chaque visite, puis insistante, une image échappant au nom du peintre que je retiendrai seulement beaucoup plus tard, et échappant même au sujet, au tableau original lui-même et au musée qui le conserve...

Aujourd'hui, ce tableau me place en position d'un sourd duel car cette séraphique innocence du saint a comme soif de souffrance, comme si la douleur qui lacérait toute sa chair livide, comme si toute cette harmonie de son corps nu était la résonnance d'une délicate jouissance sur cette étude anatomique picturale offerte aux flèches d'un trouble martyre…

Le lieu reste ambigu et subvertit le sacré pour laisser s'insinuer un profane indicible et intense : il déplace l'émotion…

Petit garçon, je détournais très vite les yeux de ce tableau. J'étais gêné…

- Par la violence érotique que je pressentais obscurément dans cette transparence crépusculaire…

- Dans cette impudeur d'une béatitude écorchée…

- Dans la féminité glauque, presqu'aquatique du jeune saint que les couleurs et les formes représentent…

Aujourd'hui, je ressens une sorte de voyeurisme, une sorte de « joie complice » de ces trous de chair et de sang que le saint paraît ressentir avec cette douceur charnelle qui me séduit au lieu de m'apitoyer…

Andrea MANTEGNA, Le martyre de Saint Sébastien

Original au Musée du Louvre

Copie en l’Eglise d’Aigueperse [Puy de Dôme – 63]

Matériaux : Tempera sur toile, Peinture à l'huile sur toile, Dimensions : 1,40 m x 2,55 m, vers 1480

Je regarde maintenant presqu'amoureusement cet homme supplicié, ces tons lunaires, cette lassivité du pinceau qui, devant décrire la mort, la haine et le sacrifice, trouve les accents du sexe, de la volupté et de la beauté dans ces armes qui pointent, déchirent, pénètrent jusqu'au fond, jusqu'au tressaillement en dessinant sur la peau des points, des clignotements de sang coagulé et des filets ruisselants comme une myriade d'orifices, comme une multiplication de la pénétration…


Lire aussi : Un tableau exceptionnel de Mantegna en l’église Notre Dame d’Aigueperse (Puy de Dôme)

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