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Mon regard sur le « saint Sébastien pleuré par sainte Irène » peint par Georges de La Tour

Publié le par Jean-Yves


Un corps de jeune homme étendu
(appel évident à la Déposition de Croix) invisiblement touché par la mort est veillé par des femmes. La flèche à traversé l'abdomen sous l'arc délicat des côtes. Une seule goutte de sang a roulé sous cette peau parfaite.


Les femmes sont là : l'une (la servante ?) cache ses yeux ; l'autre (la mère ?) ouvre les mains ; une autre encore, sombre allégorie de la mort, croise pour la prière ses doigts ; une quatrième enfin aux cheveux tirés soutient, de ses longs doigts, les bras du jeune homme, comme pour en éprouver le relâchement ou pour saisir aux poignets tendus le dernier battement de la vie.



Parallèlement à la colonne de l'outrage, où des liens défaits pendent, une torche éclaire la scène, faisant monter dans la nuit sa flamme transparente, tordue comme un ruban lourd.



Saint Sébastien pleuré par sainte Irène, Georges de La Tour, vers 1649

Musée du Louvre, huile sur toile, 131cm x 167cm


Le saisissement que j'éprouve devant ce tableau ne provient pas seulement de sa construction, ni du hiératisme des figures, ni de l'étrange silence qui semble en émaner, mais de la matière dont les corps sont faits. Ceux-ci sont pétris d'une substance lumineuse, lisse, uniforme.


Corps pleins, corps sans organes, corps dont la surface n'est pas une peau, mais la tranche taillée par le ciseau du sculpteur dans un bois à la veine serrée, puis longuement poli, patiné, comme le sont les meubles.


La lumière vient s'y réfléchir de telle sorte qu'elle semble en émaner autant qu'elle les éclaire. Elle a pour effet d'unifier la surface des corps, de la rendre lisse, homogène, compacte.


Cette géométrisation des corps qui s'étagent comme des voix, le rayonnement qu'ils diffusent se prêtent pour moi à une méditation en acte dont le thème en est la chair au sens où justement l'entendent les prédicateurs. Chair coupable et meurtrie, chair menacée, chair rédimée.



Un autre tableau de Georges de La Tour sur le même thème


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