Face à des agressions homophobes, comment faire entendre
raison à un être qui n’est pas dans la raison ? Comment entrer dans une discussion raisonnable avec quelqu’un qui s’inscrit, d’emblée, dans le registre de la violence ? Vieille question : "on
ne peut pas convaincre un fou furieux, on ne peut que le contraindre." Mais on prend alors le risque d’utiliser ses propres armes et d’apparaître soi-même, à ses yeux, comme un autre fou
furieux ? Cercle vicieux de la violence ; on s’oppose à la violence de l’autre en utilisant soi-même la violence et l’on perd tout espoir de restaurer une relation pacifiée. Et, pourtant, qui
peut subir une agression sans réagir ?
Ne pas laisser libre cours à la violence de l’autre... sans, pour autant, répondre à l’agression par l’agression. S’opposer à la violence par autre chose que la violence. Sacré pari !
La justice est là, me dit-on, justement pour faire réussir ce pari en refusant de débattre à chaud, en rappelant la loi, en s’en remettant à un tiers indépendant (le gendarme, l’avocat, le juge…), en passant par l’écrit (institutionnel ou personnel)… Tous ces moyens que la justice utilise devraient éviter aux hommes de se précipiter les uns sur les autres...
Pourtant, même avec ces moyens, en sortant de la gendarmerie après une confrontation avec mon agresseur, je me suis dit qu’il y avait un mort au tapis. La mort symbolique de mon agresseur humilié. Je suis reparti avec le goût amer d’une victoire obtenue à l’arraché, sans la moindre gloire. Comment puis-je me réjouir d’avoir "abattu" un homme ? Et ce n’est pas fini puisqu’il faudra reprendre cette partie de bras de fer épuisante en septembre au tribunal correctionnel. Ces confrontations sont aussi "difficiles" à vivre que l’agression en elle-même, surtout quand on a comme éthique qu’il ne faut jamais désespérer de la raison. Comment croire encore en cette dernière dans de tel moment ?