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Photographie : Arno Rafaël Minkkinen réinvente l'autoportrait

Publié le par Jean-Yves

Dans son travail, le photographe d’origine finlandaise (né en 1945), Arno Rafaël Minkkinen met en scène des parties de son corps, non à des fins de violence ou encore d’érotisme, mais pour le ramener à son état premier, celui de nature. Entre réalité et fiction, il réinvente l’autoportrait.

En photographiant son corps nu, ARNO RAFAËL MINKKINEN joue de l'humour et du plaisir. Il affirme que le fait de photographier le nu correspond à une impulsion primitive, montrant que sans vêtements nous sommes tous plus ou moins semblables (Peut-être hasardeux comme affirmation, isn't it ?) Son habileté particulière à mêler nudité et nature avec humour est indéniablement son originalité.


Que dire de cette démarche (narcissique ?) qui consiste à prendre comme seul, objet photographiable son propre corps ?



Imaginez la scène, en ce qui concerne Minkkinen : le pied-photo planté dans un fjord, neige fondante, air vivifiant ; l'auteur dans le plus simple appareil, utilisant le retardateur de son boîtier, va se poser artistiquement à quelques mètres de l'objectif ; celui-ci judicieusement choisi afin d'obtenir des effets de distorsion de l'image. Le corps devient alors objet sculptural, «désérotisé», ou alors à demi-immergé dans l'eau (toujours froide), tel une épave ; ou encore en un mouvement devant l'appareil photographique qui donne l'impression d'un objet volant dont on n'aurait pu cadrer qu'un morceau.

Depuis ses débuts, la photographie connaît ses adeptes de l'autoportrait. Pour Minkkinen, loin d'une démarche perverse, il s'agit seulement d'user comme matériel un simple corps masculin ; autant se faciliter la tâche et se faire objet photographique, le tout résidant dans des poses extravagantes.



Extraits de son texte qui accompagne l’album «Body Land» (1)


Je me demande souvent pourquoi la photographie continue à exercer un tel pouvoir sur moi, pourquoi elle est devenue mon credo. Mais peut-être la photographie et la religion sont-elles la même chose. Dans de nombreuses professions de foi, nous regardons le passé pour y trouver des réponses sur le futur. La pellicule peut-elle être une prière ? Et le négatif, une fois imprimé, devenir la réponse ? Souvent, les gens prient pour être un jour exaucés. Ce n’est que par la suite, quand le résultat se concrétise, que nous constatons le succès ou l’insuccès de la prière. […] Quoi qu’il en soit, tandis qu’un photographe s’assure que le passé peut demeurer vivant dans le futur, de nombreux instants non fixés par l’objectif sont destinés à disparaître pour toujours. […]


Double Delicate Arch, Utah, 1995


Le déclenchement de l’objectif [est] la prière. L’image de la photo [est] le rêve devenu réalité. Lorsque je parle de photographie, il m’est naturel d’utiliser le temps présent. Car les photos ont leur vie propre. Si la pellicule est la prière et la photo la réponse, je ne suis pas toujours sûr de ma prière. Quand je regarde à travers l’objectif de mon appareil, je ne vois que ce qu’il y a [et pas moi puisqu’à ce moment je ne suis pas encore présent sur la photo]. C’est justement cela qui me fascine : ne pas être en mesure de prévoir la réussite jusqu’à ce que le négatif soit développé. Quand on photographie une autre personne, on la voit dans l’objectif, on peut choisir le cadrage, la pose, la lumière, l’instant ; tout cela avant de déclencher la prise. Lorsqu’on est son propre modèle, on ne peut que chercher à maîtriser toutes ces variables, sans jamais être complètement sûr que ce qu’on a imaginé se réalisera. Parfois, on obtient le contraire de ce qu’on avait prévu.


Foster's Pond, 1992


Depuis vingt-cinq ans que je fais des images, de simples négatifs pour de simples tirages, j’ai appris que les différentes parties de mon corps peuvent se distordre au-delà des limites physiques et anatomiques, souvent au-delà même du seuil de la douleur. C’est pour cela que je photographie rarement d’autres personnes. Avec quelqu’un d’autre, je risque fort de ne pouvoir me justifier. En revanche, j’en suis arrivé à prendre grand plaisir à la découverte de cette limite car je sais que je peux mettre fin à cette douleur quand je veux. […]

Les paysages, qu’ils soient grandioses ou insignifiants, m’attirent d’égale façon. Je me demande comment je peux utiliser mon corps pour exprimer la stupéfiante majesté ou la profonde simplicité de ce qui existe déjà. Comment trouver une autre idée capable d’exprimer la relation entre notre corps et la terre qu’il habite.


Prague, 1989


[…] il devient de plus en plus difficile de trouver de nouvelles images. Parfois, je pense qu’il ne me reste qu’une dizaine de bonnes photos à prendre. Combien de photos devrai-je encore faire avant de ranger mon appareil photographique ? Cinquante peut-être cent ? Mais des bonnes ? Si je comptais les bonnes photos prises à ce jour, dix autres seraient parfaites. Dix et dix. […]

Arno Rafaël Minkkinen (traduction Marine Bellanger)


(1) ■ Body Land, Editions Nathan, Collection Carré Photo, 1998, ISBN : 2097542085


Merci à Kris de m’avoir fait découvrir cet artiste en m’offrant l’album Body Land

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