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Les enfants terribles, Jean Cocteau (1929)

Publié le par Jean-Yves Alt

Comme Gide avec ses Nourritures terrestres, Jean Cocteau a laissé à la postérité ce livre que j'ai lu adolescent et que je ne peux relire – en tant qu'adulte – sans nostalgie.

Et pourtant, ce roman peut-il encore se repasser de génération en génération ? Les enfants terribles, écrit d'une seule traite lors d'une cure de désintoxication, peut-il continuer à parler à la jeunesse en révolte ? Peut-elle se reconnaître encore dans Paul, Gérard, Elizabeth ?

Quand j'évoque Cocteau, il me revient des émotions d'enfance, notamment celles où un dimanche soir à la télévision, alors que le lendemain il y avait école, je découvrais la Belle et la Bête…

Qu'est-ce qui me fascine tant dans Les enfants terribles ?

Un désir morbide sans aucun doute car derrière cette histoire en apparence banale, se cache une tragédie : la fin inévitable de l'adolescence, de ses mythes, de sa grâce, de ses illusions. Elizabeth et Paul meurent d'avoir transgressé cette loi en voulant éterniser un moment de passage. En effet, dès l'instant où la boule de neige de Dargelos atteint Paul en pleine poitrine, le temps s'arrête, «la chambre» commence à vivre. Elle devient leur île déserte, le petit bout de terre isolée du reste du monde où ils se construisent des cabanes avec leurs oreillers et mènent la nuit une existence de Robinson. Leurs corps grandissent, les jambes de Paul dépassent sous ses draps, ils jouent à avoir des désirs de grandes personnes ; mais en fait, rien ne bouge. S'ils déménagent, c'est pour reconstituer aussitôt la chambre. Derrière leurs disputes incessantes, leur agitation continuelle, il y a un désir morbide d'immobilité...

C'est Dargelos, le dieu caché de cette tragédie, qui en précipite le dénouement en envoyant à Paul une boule noire, empoisonnée, qui achève l'œuvre de la première boule de neige. Elizabeth, prêtresse de la chambre n'est que l'instrument du destin. En se donnant la mort en même temps que son frère, elle fait entrer leur adolescence dans l'éternité.

Le drame de Paul, Gérard et Elizabeth, a été le mien : il m'a fallu tuer en moi l'adolescent qui se refusait aux compromis avec le monde des adultes à la différence que je ne l'ai pas fait en avalant du poison ou en me tirant une balle dans la tête.

Pour moi, cette histoire terrible de ces enfants reste exemplaire, dans la mesure où eux vont jusqu'au bout. Elle déroule implacablement sa mécanique tragique…

■ Les enfants terribles, Jean Cocteau, Editions Le Livre de Poche, 1994, ISBN : 2253010251


Du même auteur : Le Livre Blanc - Journal (1942-1945)

Lire encore : Hommage à Jean Cocteau : « être jusqu'au bout »

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