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Un fils, un film de Amal Bedjaoui (2003)

Publié le par Jean-Yves

Selim, jeune homme à la dérive, mène une double-vie. La nuit, il se prostitue dans des clubs avec son amie Louise. Le dimanche, il déjeune en tête-à-tête avec son père Omar qui vit enfermer dans le deuil de sa femme. Depuis, la relation de Selim avec son père s’est construite sur le mensonge et le secret. De longs silences s’installent entre eux et toutes les tentatives de Selim pour se rapprocher de son père échouent. Ils passent l’un à côté de l’autre sans parvenir à se rencontrer. Seul le destin les rapprochera…


Le titre en dit peu. Le film est à cette image, très pudique. Amal Bedjaoui, réalisatrice et productrice d’origine algérienne traite sans aucun pathos des relations entre un fils et son père qui n’arrive pas à se parler.


Qu’est-ce qu’un père peut attendre d’un fils ? est la question sous-jacente et lancinante qui émerge malgré les silences du père. Un père peut-il dire à son fils sa désapprobation et sa déception ? Un fils, même très soucieux, à l’image de Selim, peut-il avoir d’autre choix que de paraître léger face à son père ?


Ce que je trouve d’admirable dans ce film d’à peine une heure, c’est de nous faire sentir, combien une relation familiale peut ressembler à celle de deux étrangers.



Aucune norme dans les relations entre les personnages


En choisissant, de traiter ce sujet dans une famille musulmane d’origine algérienne, la réalisatrice a aussi pris soin de briser tous les clichés et de ne stigmatiser aucun personnage : Omar, le père ne travaille pas dans le bâtiment comme on pourrait si attendre ; il ne vit pas dans un appartement "marqué" dans sa décoration par ses origines ; Selim, le fils qui se prostitue n’a aucune perversion ni aucun cynisme, bien au contraire, il est littéralement démoli, quand son dernier client, Max, qui pourrait être son père lui dit qu’il ne souhaite plus le revoir ; Louise la femme, avec qui il se prostitue, a le double de son âge.


J’ai aimé cette importance du destin, du hasard qui fait qu’une vie va dans un sens ou dans un autre sans que le personnage ait vraiment prise dessus : Selim vole un sachet de drogue chez son dernier client sans savoir ce qu’il va en faire…


Qui est responsable de la mort de Selim ? Le père enfermé dans son silence. Le client qui ne lui a pas apporté l’affection qu’il recherchait. Le client qui laisse traîner un sachet de drogue. Les jeunes homophobes qui le tabassent dans la nuit. Louise pour une raison que le film laisse difficilement apparaître…


Selim est particulièrement touchant quand il découpe, avant l’arrivée de son père, le gâteau d’anniversaire qu’il lui a réservé : on sent toute sa part de rêve, d’espérance qu’il met dans cet acte jusqu’au moment de le servir : le père est, sans doute, touché mais il ne le montre pas, il le dit à peine et n’a aucun geste de tendresse envers son fils. Le rêve est terminé.



On sent que tout a été filmé avec une grande économie de moyen. Les données visuelles de ce film (tenues vestimentaires, décors…) sont au service des sentiments que les personnages éprouvent : à sa dernière visite chez Max, Selim porte non plus son tee-shirt rouge à paillettes mais le pull qu’il a d’habitude chez son père ce qui ouvre une multitude d’interprétations sur la relation qu’il rêvait d’avoir avec cet homme ; le cimetière musulman, à la fin du film, un terrain vague perdu dans une sorte de zone industrielle, résume la "violence" intérieure des relations et la profonde solitude de chacun.


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