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La plume de perroquet, Elvire Murail

Publié le par Jean-Yves

Elvire Murail ne déçoit pas avec "La Plume de perroquet", histoire totalement rocambolesque, foisonnante de personnages inattendus et de situations proprement extravagantes.




Rédigé d'une manière rapide, incisive comme un script de cinéma, ce roman débute dans le gouffre de Padirac où sont réunis, par la volonté d'un personnage aussi mystérieux qu'invisible, pas moins de trente-cinq personnes qui ne se connaissent pas du tout et dont le seul point commun est une jeune fille prénommée Adriana.


L'amour, la haine, la jalousie, la curiosité sont autant de sentiments qui lient les différents protagonistes à celle qui ne tarde pas à mourir dans le gouffre, assassinée. Par qui ? Pourquoi ? Ces questions ne trouveront une réponse qu'au terme du livre.


Dans l'intervalle, une course-poursuite échevelée se déroulera entre Brive et Dieppe, semant quelques morts au passage et révélant le véritable visage de certains personnages beaucoup moins innocents qu'ils ne le paraissent.


Pour que le suspense reste entier, je ne dévoilerai pas les diverses étapes d'une intrigue pour le moins compliquée. Au bout du compte, les bons triomphent et chacun trouve (ou retrouve) sa chacune ou son chacun.


Après Escalier C où Elvire Murail offrait déjà deux superbes personnages – Forster et Coleen, elle récidive dans ce roman avec deux couples charmants. Xavier et Sylvain, d'abord : deux jeunes motards inséparables qui trouveront dans les violences faites à l'un d'eux de nouvelles raisons de s'aimer. Gabriel Messeix et Aurélien Fréval, ensuite : le premier est plus ou moins gigolo, le second vraiment médecin-légiste ce qui ne l'empêche pas d'avoir des yeux magnifiques. Gabriel poursuit Aurélien de ses assiduités et ce dernier se défend sans trop de conviction avant de succomber.


Aurélien posa sa main sur le carreau, y laissant une empreinte bleu pâle. Et l'autre qui dormait là, à côté.

Car Gabriel s'était vraiment couché parce qu'il avait sommeil. Que penser de cet individu ? Aurélien avait eu, dès le début, conscience que son destin allait changer à cause de Gabriel Messeix. Oui, il l'avait toujours attendu cet aventurier, cette clé vers l'horizon et l'éther. Pourtant, il n'était pas exactement ce qu'il escomptait. En vérité, il n'avait même rien à voir avec ses rêves. Sa chance, il l'avait d'abord imaginée sous la forme d'un vieil oncle excentrique. Mais le seul parent de ce genre qu'il avait eu était enterré depuis vingt ans. Ensuite, il avait cru en une superbe blonde d'un mètre quatre-vingts avec beaucoup, beaucoup d'argent... Et évidemment, elle ne s'était jamais présentée, la garce. En désespoir de cause, il avait failli se rabattre sur sa voisine d'en face. Puis, il s'était rendu compte qu'il n'aimait pas particulièrement les femmes. En fait, il était bien trop proche d'elles pour s'en contenter.

Restait Gabriel, bien sûr. Pas vraiment l'idéal. Mais qui vit son idéal ? Après tout, c'était mieux que la solitude. Surtout à Brive. (pages 113-114)


Il faudrait aussi parler de Simon Delay, que tout le monde recherche, de Jared Clément, justicier à la boucle d'oreille, d'Axel Tisserand, commissaire de police dépassé par les événements...


Tous ces personnages farfelus, drôles, émouvants, séduisants ou ridicules sont les pièces d'une gigantesque partie d'échecs imaginée par l'esprit tordu du Maître. Si on ne connaît son identité qu'à la dernière page, le vrai maître du livre est bien Elvire Murail qui offre avec "La plume de perroquet" un magnifique divertissement, dans la tradition des Gustave Le Rouge, Maurice Leblanc et autres Agatha Christie.


■ Sylvie Messinger éditrice, 1984, ISBN : 2865830438


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