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Chambres étroites, James Purdy

Publié le par Jean-Yves Alt

Chambres étroites, roman américain, est un très beau roman d’amour, entre hommes. La passion, la violence et le sang, dans le lieu fermé de la tragédie : pour tous ceux qui demandent à la lecture la démesure que la vie refuse.

J’ai pensé au film L’homme blessé en relisant ce roman de James Purdy. Ces deux œuvres ont en commun de n’admettre l’amour au masculin que dans le crescendo de la fatalité. La sexualité serait possible, voire banale. L’amour lui serait condamné à ne pouvoir se vivre.

L’homme blessé se clôt sur une scène "superbe" : les amants en train de mourir alors même qu’ils s’étreignent. Dans le roman de James Purdy, l’apothéose s’inspire de cette angoisse qui se nourrit de la mort. Sidney cloue Roy sur la porte de la grange, devant le cadavre déterré de Brian. Gareth parachève la mort des deux amants. Le frère de l’un, la mère de l’autre assistent à cette agonie dans l’extase.

Les lecteurs sourcilleux, ceux qui pensent que la littérature se doit de soumettre le récit à une vision optimiste de l’homosexualité, n’aimeront sans doute pas cette épopée qui sent le masochisme judéo-chrétien. La vision finale du roman n’est pas sans nous rappeler une vieille histoire de Christ mort pour nous sauver, tandis que Marie et Jean se lamentent au pied de la croix.

L’occasion pour moi de redire ici que le roman n’est pas la vie parce qu’il lui arrache ses manques pour la mieux montrer.

Le décor et les personnages de "Chambres étroites" sont les signes évidents d’un choix romanesque délibéré. Des maisons isolées, mystérieuses, greffées sur un paysage de montagnes. Les garçons sont jeunes, beaux, musclés.

Le plus intéressant dans cette mise en scène est l’absence de pères : ils sont morts. Trois personnages glissent autour du drame : un vieux docteur plein de sagesse, une mère conciliante et un frère adorateur... tous trois ponctuent le drame sans le détruire. Ils seront les apôtres d’une nouvelle foi quand les héros - Brian, Roy, Sidney et Gareth - disparaîtront.

La sensualité, la sexualité sont décrites, et si l’auteur tente d’en donner une version sado-masochiste, l’impression qui s’en dégage reste une immense tendresse d’hommes.

Dans "Chambres étroites" la virilité et ses masques fait aussi corps avec l’histoire. Ce qui soulève à nouveau cette question : pourquoi l’homosexuel ne supporte-t-il plus son image féminisée ?

■ Éditions Le Serpent à plumes, Collection : Motifs, 1996 (réédition), ISBN : 2908957825


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Du même auteur : Les œuvres d'Eustace - La tunique de Nessus

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