Mercredi 7 mai 2008

Elle a soixante-huit ans, il en a quarante-huit. C'est le coup de foudre de l'amitié. Amitié-passion entre madame du Deffand et Horace Walpole. Ils se rencontrent peu, ils s'écrivent énormément.


Madame du Deffand vieillit. Elle n'y voit plus. Mademoiselle de Lespinasse l'a trahie, s'acoquine avec les philosophes. Madame du Deffand a connu plusieurs règnes. Elle appartient à la race de ceux qui ne prônent l'intelligence que comme la pulsion d'un art de vivre où ne pas s'ennuyer est la règle d'or.


Dans l'ombre bruissante de paroles où elle règne encore, du fond de son « tonneau » (vaste fauteuil coquille), elle perçoit l'étrange séducteur anglais, Horace Walpole qui vient de publier un roman étonnant : "Le Château d'Otrante". Entre cette femme bercée dans le classicisme et la rigueur de la politesse de cœur et cet homme qu'appellent déjà les nuées romantiques et un goût médiéval et baroque pour le morbide, se noue une superbe amitié jusqu'à la mort de Madame du Deffand.


René de Ceccatty reconstitue sous forme de récit cette double biographie franco-anglaise à partir de documents authentiques, des lettres principalement. Son roman a le charme d'une époque en voie de disparition mais révèle aussi la naissance du romantisme.


Horace Walpole aima Marie d'amitié (il vénérait les vieilles dames) mais ses élans (consommés ou pas) le portaient vers les jeunes hommes, notamment le poète Thomas Gray. Madame du Deffand n'est pas ignorante de l'attrait qu'il exerce aussi sur le jeune John Graufurd lors de son premier séjour à Paris...


Entre Horace et Marie, il s'agit d'autre chose : dernier élan du cœur chez une femme qui pressent, sans l'accepter, l'exaltation délicieuse des amours romantiques, amitié sublime chez un homme qui admire la grâce et la liberté d'une aristocrate dont le salon a marqué la vie littéraire.


C'est Marie du Deffand qui retient mon intérêt, une femme qui écrit et dit sur le temps, sur l'amour, sur l'art, dans la pudeur d'une époque libertine mais sans concessions aux défaillances du coeur. Un très beau portrait de femme.


■ Editions Gallimard, 1986, ISBN : 2070705137



Du même auteur : Esther - L'extrémité du monde - Une fin


par Jean-Yves publié dans : LIVRES
 

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[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
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