Jeudi 28 juillet 2005

New-York. Vingt-quatre heures de la vie de Joe Dallesandro, qui se prostitue pour subvenir à ses besoins, à ceux de son enfant, et de sa femme Géraldine, qu’il partage avec une autre femme, Patti.

 

Ce film a été réalisé par Paul Morrissey et produit par Andy Warhol, le maître du pop-art, qui en assura aussi la photographie. Paul Morrissey deviendra par la suite son conseiller spirituel et fera découvrir au grand public le "pape de l'underground".

 

Le film débute par un célèbre plan très "warholien", caméra fixe pendant plusieurs minutes sur le visage endormi de Joe (Warhol n'a-t-il pas filmé un homme en train de dormir pendant six heures avec le même plan fixe ?) Ce film montre des scènes quotidiennes et quasi-répétitives : le réveil de Joe, la conversation avec son épouse, le déjeuner avec le bébé, la préparation pour aller faire le trottoir, seul moyen de survie du couple, dans un ordre chronologique et routinier.

 

Vêtu d'un costume on ne peut plus érotique pour l'époque (tee-shirt noir moulant sous une chemise blanche ouverte, jean et baskets), Joe arbore un look beach boy [à mettre en rapport avec la date de création 1968, alors que le film ne sera découvert en Europe qu'en 1973].

 

Rencontre avec plusieurs types de clients sur fond de 42e rue : le premier, banal, qui désire le revoir ; le second qui lui donne un cours d'histoire de l'art tout en le photographiant - dans des poses antiques inspirées des fresques de la Chapelle Sixtine - moyennant cent dollars. Retour au tapin, quelques réflexions entre prostitués sur les tarifs et spécialités de chacun. Détour chez un groupe de transsexuels, et retour au foyer pour rejoindre sa femme et sa copine. Même plan fixe final sur le visage de Joe, exténué, se préparant après un sommeil réparateur à reprendre le même chemin le lendemain. Répétition et fatalité.


flesh-trash-heat-paul-morrissey-andy-warhol.jpg Flesh est le film d'un beau gars marginal à qui la splendeur de son physique permet d'échapper aux navrantes contraintes du travail. Flesh c'est du cinéma direct. La qualité de l'image filmée n'était sûrement pas le souci du réalisateur. Comme si la seule chose qui comptait c'était que les gens filmés soient beaux. Plus exactement fascinants, par une mise en exergue de l'excentricité ainsi que de tout ce qui sortait de l'ordinaire. "Beauté" des marginaux pour la seule raison qu'ils vivent en marge. Beauté des personnages accrue par l'existence qu'ils mènent. Avec des dialogues en toute liberté, l'improvisation étant un des principes majeurs de la "Factory" de Warhol.

 

Ainsi, une journée de Joe Dallesandro prend l'allure d'une aventure picaresque. Dans Flesh, le sexe est la grande affaire, sur fond bruissant de dollars. Pour la bonne raison que Joe ne compte que sur le sien pour en récolter. Avec un brin d'humour, qui n'est pas encore aussi noir qu'il le sera dans Trash (1970) ou dans Heat (1972).

 

Bien sûr, certaines considérations sur le couple et le sexe peuvent paraître démodées. Mai 68 pointait seulement.

 

par Jean-Yves publié dans : FILMS
 

Texte Libre 1

 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



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"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

 

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« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn

 

 

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« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert

 

Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

 


 

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