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Grains de sable, un film de Ryosuke Hashiguchi (1995)

Publié le par Jean-Yves

"Grains de sable" rappelle les "Roseaux sauvages" d'André Téchiné. On retrouve en effet la même histoire d'amours de lycée. Une fille est attirée par un jeune homosexuel parce qu'elle a peur des garçons ; le jeune homosexuel aime son meilleur ami hétéro ; l'hétéro en question étant bien entendu amoureux de la fille. Et, comme dans "Les roseaux sauvages", tout se termine près de l'eau, ici une plage au sud du Japon.


La différence principale avec le film de Téchiné, c'est ici la frustration et le refoulement qui règnent sans partage. La question qui travaille tous ces jeunes adolescents semble la même pour tout le monde, homos et hétéros, filles et garçons : quoi faire avec la sexualité ? Que faire avec ces désirs tracassant qu'on découvre et qu'on ne maîtrise pas ?


"Grains de sable" est un beau film sur la puberté, ce moment d'affolement incontrôlé de tous les sens, où les filles se mettent à rire sans raison, où les garçons hétéros "détournent" collectivement les séances de gym de façon sadique et où les jeunes pédés affrontent la naissance de leur désir inavouable.


Cette difficulté à prendre en compte cette énergie nouvelle qui s'empare de leurs corps est accrue par une organisation sociale rigide et normative où le corps semble l'ennemi numéro un. Autant dire que les adolescents ne peuvent y trouver aucun repère. Le seul adulte du film est le père du jeune homo, figure patriarcale défaillante, larguée, un homme moderne absorbé par son travail.


Un évitement des corps


Cette peur du corps de l'autre, la mise en scène l'exprime avec beaucoup de force lors de longs plans-séquences, où les personnages circulent sans jamais se regarder.


Le plus beau plan est celui où les deux garçons s'embrassent. Cadrés en plans larges, les deux garçons mettent cinq minutes à s'approcher l'un de l'autre pour s'étreindre trois secondes. La lenteur de ce plan, son poids de durée, la fixité carcérale du cadre, disent à quel point le chemin est long pour arriver jusqu'au corps de l'Autre.


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