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Haine de soi par Katharine Butler Hathaway

Publié le par Jean-Yves Alt

Quand je me levai enfin [...] et que j'eus réappris à marcher, un jour, je pris à la main une glace et j'allai vers un miroir en pied pour me regarder, et j'y allais seul [...]. Cette personne dans le miroir, ce ne pouvait pas être moi. Intérieurement, je me sentais quelqu'un d'ordinaire, en bonne santé, veinard – pas du tout comme celui du miroir, oh non !

Pourtant, chaque fois que je me tournais vers le miroir, c'étaient mes propres yeux qui me renvoyaient mon regard, brûlant de honte [...]. Tandis que je restais là, sans pleurer et sans bruit, je compris vite qu'il me serait impossible d'en parler à quiconque, et alors, à cet endroit, la confusion et l'effroi qu'avait provoqués ma découverte se bouclèrent en moi, et pendant très longtemps j'allais les affronter seul.

Sans cesse, j'oubliais ce que j'avais vu dans le miroir. Cela ne parvenait pas à pénétrer à l'intérieur de mon esprit et à devenir partie intégrante de moi-même. J'avais l'impression que cela n'avait rien à voir avec moi ; que ce n'était qu'un déguisement. Mais ce n'était pas le genre de déguisement que l'on met volontairement, et qui doit tromper les autres sur l'identité de celui qui le porte. Le mien, on me l'avait mis sans mon assentiment, à mon insu, comme dans les contes de fées, et c'était moi qu'il trompait sur ma propre identité. Je me regardais dans le miroir et j'étais frappé d'épouvanté parce que je ne me reconnaissais pas.

Katharine Butler Hathaway

■ cité par Erving Goffman in « Stigmate les usages sociaux des handicaps », éditions de Minuit/Le sens commun, 1975, ISBN : 2707300799, pages 18/19

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