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Constance D., Christian Combaz

Publié le par Jean-Yves Alt

L’humilité n'était pas sa vertu première. Lorsque Constance Domeneghini arrive d'Alger à la fin des années quarante pour mener des études de philosophie à la Sorbonne, elle éprouve une honte mortelle de sa famille. Elle rencontre un jeune homme brillant et séduisant, Etienne de Luys, auditeur à la Cour des comptes et futur député. Elle se met en tête de l'épouser, mais se rend compte, à la veille de ses noces, qu'elle est amoureuse de son beau-père, Hector de Luys, un terrien sans histoire, jovial, épicurien, plutôt lourd et, somme toute, assez commun.

Mais le cœur a des raisons... Les premières années du mariage incitent Constance et Hector à réprimer un sentiment qui va les réunir, clandestinement, dans une passion que la morale de leur milieu ne saurait tolérer.

Parallèlement, Etienne, que son ambition politique éloigne progressivement de sa femme, découvre ses penchants homosexuels. Alors que Constance est enceinte (l’enfant s'appellera Charles-Emmanuel), il entreprend une liaison avec Philippe Dalleyrac, un grand garçon blond qui se mouvait comme un jeune chevreuil, mais tombe vite amoureux d'un jeune médecin de grande beauté, Augusto, originaire de Montevideo. Torturé par de douloureux conflits intimes alors qu'Augusto décide de rompre leur liaison, Etienne de Luys ne trouve la fuite que dans le suicide.

« S'efforcer de conserver pendant vingt ans l'amitié de gens qui vous eussent tourné le dos au moindre soupçon, se moquer avec eux d'un trop bel homme qui passe et que, seul, on eût pourtant suivi ; subir l'influence des imbéciles jusqu'à porter, sur soi-même, le regard de dégoût qu'ils porteraient sur vous ; enfant, adolescent, n'être pas même aimé de ses père et mère pour ce que l'on est ; adulte, se faire passer jusqu'à leur mort auprès d'eux, et parfois jusqu'à sa propre mort, à ses propres yeux, pour ce que l'on n'est pas ; marié, n'être que la moitié d'un mari ; père, grand-père, entendre sans broncher votre fils prétendre qu'il "les" repère tout de suite ; s'efforcer de réussir et de plaire, pour se faire pardonner qui on aime ; tenir sa place dans la cité, faire de la politique, obtenir la Légion d'honneur, gagner enfin le respect d'autrui, de peur d'en connaître un jour la haine ou le mépris : voilà décidément bien trop d'efforts pour un homme ordinaire ».

Pour Constance et Hector, la vie continue, d'autant plus qu'un second garçon vient à naître, Nicolas. Hector en est le père véritable, même si, et on le comprend aisément, pour tous il est l'enfant d'Etienne. A Mauffray, la propriété tourangelle d'Hector de Luys, Constance abandonne peu à peu l'orgueil et l'ambition, les traits dominants de sa personnalité, pour se consacrer corps et âme à l'amour qu'elle partage avec son beau-père. Dix-sept ans ont passé depuis leur première rencontre lorsque Hector meurt.

Constance, [qui vit en conflit permanent avec Charles-Emmanuel - son fils aîné - depuis l'expérience désastreuse que fit celui-ci de la drogue à New York], apparaît comme une femme transformée, dont l'auteur dresse un portrait magistral.

Dans "Constance D.", Christian Combaz traite de la relation amoureuse entre deux êtres qu'une large différence d'âge distingue (trente ans entre Constance et Hector), et une composante traitée avec raideur, l'homosexualité. Le ton de l'auteur est à l'image d'Etienne de Luys, démodé ou plus exactement coincé, en y rajoutant une pointe de cynisme propre à Constance.

Le lecteur d'aujourd'hui sera sans doute surpris par l'emploi très généreux de l'imparfait du subjonctif, par le vouvoiement de rigueur dans cette atmosphère confinée de la grande bourgeoisie. Une écriture de "glace" pour une belle histoire de feu et de passion.

■ Constance D., Christian Combaz, Editions du Seuil, Collection Points Poche, 1985 (réédition de 1982), ISBN : 2020089025)


Du même auteur : Eloge de l'âge - A ceux qu'on n'a pas aimés

Commenter cet article

Jean-Claude Féray 05/05/2018 07:32

Sans vouloir vous vexer, se dire surpris de l'abondance de l'emploi de l'imparfait du subjonctif dans un roman signifie pour moi qu'on lit difficilement autre chose que la littérature strictement contemporaine. Cela signifie qu'on ne supporte plus ni la correction grammaticale, ni l'élégance.
Prolongeons cette réflexion : j'imagine qu'un youtubeur de la génération née de la dernière pluie, s'étonnera qu'on puisse simplement lire des livres, cette pratique d'un autre âge, antédiluvien, qui fatigue les yeux…

Jean-Yves Alt 05/05/2018 08:05

Cher Jean-Claude. Je ne parlais pas de moi mais d'un éventuel lecteur d'aujourd'hui. Je me déplace uniquement en transport en commun et je peux vous assurer qu'il y a encore des personnes qui ont un livre "papier" entre les mains... certes, le plus souvent de la lecture contemporaine. Jean-Yves