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Max Jacob : entre Dieu et l'homme

Publié le par Jean-Yves

Le Fond de l'eau, cette petite plaquette de dix-sept poèmes que Max Jacob publie à 51 ans, en 1927, constitue sans doute le livre où s'exprime le plus clairement la dualité qui écartèle le poète, sans cesse déchiré entre l'amour sacré de Dieu et l'amour profane et réprouvé des garçons.



Dans ce recueil, la figure de Raymond Radiguet à la mémoire duquel Max Jacob écrit l'admirable « Esprit de Raymond Radiguet » dédié à un Jean Cocteau éperdu de douleur après la disparition prématurée de l'être aimé :

 

Tu veillais sans un mot ! sans un geste !

Que tes frères les anges ne s'éloignent pas de toi.

Tu montes jusqu'aux ciels où tu vécus toujours.

Tu vécus de l'Esprit et c'est lui qui t'accueille

sur de pâles buissons de fleurs vives et de feuilles.

Ô calme amour des lettres ! Amour !

 


Max Jacob fut arrêté par la Gestapo le 24 février 1944 à la sortie de la messe du matin qu'il venait de servir à la crypte de la basilique de Saint-Benoît-sur-Loire. Atteint de pneumonie, il mourut sans absolution (ce qui était sa hantise la plus profonde des dernières années), le 5 mars 1944, à l'infirmerie du camp de Drancy où l'on rassemblait les juifs que les rafles avaient fait prisonniers, en dépit des démarches que tentèrent vainement pour le faire libérer quelques rares amis, dont Cocteau. Les réactions de la plupart des journaux « autorisés » de l'époque furent ordurières et attaquèrent dans le même cri de hyène, le juif et l'homosexuel. Pierre Andreu (1) cite ainsi l'article infâme, révoltant à l'extrême, de "Je suis partout" :

« Max Jacob est mort. Juif par sa race, Breton par sa naissance, Romain par sa religion, sodomite par ses mœurs, le personnage réalisait la plus caractéristique figure de Parisien qu'on puisse imaginer, de ce Paris de la pourriture et de la décadence dont le plus affiché de ses disciples, Jean Cocteau, demeure l'échantillon également symbolique. Car, hélas ! après Jacob, on ne tire pas l'échelle. »

(1) in Vie et mort de Max Jacob, Pierre Andreu, Editions La Table Ronde, 1982, ISBN : 2710300850


Lire aussi : Hommage à Max Jacob

 

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