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Twist and Shout, un film de Bille August's (1984)

Publié le par Jean-Yves

C'est l'époque où la beatlemania bat son plein. Bjorn et Erik sont deux amis de lycée qui étudient dans la même classe où se trouve aussi la jeune Kirsten, petite minette coiffée et habillée très Sheila période "L'école est finie".


Erik en pince pour elle, qui fond dès qu'elle voit Bjorn, mais celui-ci, trahissant le pacte de la classe selon lequel les idylles ne doivent se nouer qu'en son sein, s'amourache de la sensuelle Anna, une fille de l'extérieur sur laquelle il a flashé dès le premier instant, lors d'une soirée sur la piste de danse du Blue Moon, une boîte où des petits groupes d'amateurs viennent imiter les Beatles. Lors d'une boum chez Kirsten, où toute la classe, et seulement la classe, est conviée, Bjorn amène sa conquête. Imaginez la tête de la pauvre Kirsten qui attendait son chéri comme le Messie et le voit arriver triomphant avec la belle Anna.


Ce début pourrait n'être que le prélude à un quelconque film d'amourettes adolescentes. Mais c'est d'abord la reconstitution confondante des années 60, vues à travers les préoccupations d'une jeunesse qui, en Europe, dix ans après les Etats-Unis, s'érige en véritable force sociale dans une société qui saute à pieds joints dans le règne de l'abondance et de la croissance jugée alors illimitée. Cet aspect social est le véritable décor de Twist and Shout.


Erik et Bjorn s'éveillent à la sexualité, chacun dans le contexte différent qu'offrent leurs familles. Leur expérience avec les filles ne sera guère concluante. Erik d'abord : Fils unique, i! supporte à la maison une situation de tension de nature quasi psychiatrique. Depuis des années, sa mère reste cloîtrée dans sa chambre, sur ordre du père qui prétend qu'elle est démente et que cet isolement la préserve des agressions du monde extérieur. Erik a été élevé dans le dévouement à cette mère "malade", prétexte que son père invoque pour l'empêcher de sortir et le maintenir, lui aussi, le plus possible à la maison. Ainsi Erik est-il un garçon plutôt timide et réservé, craintif et résigné. Bjorn est de tempérament plus vif, plus frondeur, dans une famille nombreuse où on lui laisse la bride sur le cou. Tandis qu'Erik apprend l'amour par la frustration, Bjorn vit une passion torride avec Anna. Mais les jeunes amants doivent supporter la trop lourde épreuve de l'avortement, et en plus ça coûte cher. Bjorn doit taper ses amis, y compris Kirsten (qui voit le parti qu'elle peut tirer) et bien sûr Erik, et le voilà à la recherche d'une avorteuse. Leur couple ne s'en remettra pas.


On est loin des mièvreries style "La Boum". Bille August's ne bêtifie pas avec cet apprentissage de la vie que marquent les expériences de l'adolescence. On ne peut pas dire qu'il soit vraiment optimiste. Sa lucidité lui interdit toute vision béate de l'enfance aseptisée. Certes, aujourd'hui, l'avortement, avec la banalisation de la pilule et la légalisation de l'IGV, n'a plus le même impact, mais les problèmes relationnels entre garçons et filles demeurent.


Bill August's montre avec une sourde violence les conséquences possibles de l'échec amoureux à cet âge.


Erik se sent repoussé par la fille qui l'inspirerait sur le moment et, en plus, il a chez lui une image désastreuse du couple hétérosexuel. Par rancœur contre le comportement abusif de son père à l'égard de sa mère, il pourrait très bien refuser d'entrer dans le jeu du schéma traditionnel et préférer la compagnie des garçons, à commencer par son ami Bjorn. Ce dernier d'ailleurs, qui avait été un moment récupéré par la possessive Kirsten au point que soient organisées leurs fiançailles, n'hésite pas à fuir la cérémonie au moment crucial pour aider son ami à sauver sa mère. L'espoir et la réalité tangible d'un bonheur à deux se dessinent alors dans l'amitié des deux garçons. Alors que tout semblait devoir les séparer dès lors que l'amour des filles commençait à les travailler, la déception au contraire les rapproche et intensifie leur lien. Il n'est pas besoin de rêver beaucoup pour imaginer, même si ce n'est pas dit dans ce film d'un réalisme d'une rare justesse, qu'ils vont vraiment bien ensemble.


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